Sur son compte Twitter ouvert en octobre 2013, la jeune femme arbore un grand sourire. Ce n’est pas une fan de ce réseau, où elle n’a posté qu’un seule message: Hi! - salut!

Son frère Iman est bien plus présent. «Aidez-moi à ramener ma soeur à la maison» écrit-il sur le site de micro-messages. C’est lui aussi qui a lancé la pétition sur Change.org pour obtenir sa libération: 700 000 signatures à ce jour.

Ghoncheh Ghavami est cette jeune Irano-Britannique de 25 ans, diplomée en droit à l’université de Londres, fan de sport, et qui a été arrêtée le 20 juin à Téhéran après avoir voulu assister à un match de volley-ball masculin. Les journaux ce week-end font état de sa condamnation à un an de prison, à l’issue d’un procès pour «propagande contre le régime». Le verdict rendu ces jours aurait dû l’être il y a près de deux semaines, signe des tensions qui entourent le dossier. A l’époque du match, le gouvernement du président modéré Hassan Rohani avait d’ailleurs regretté que le match ne fût pas ouvert au public féminin.

«Le verdict ne m’a pas encore été signifié officiellement mais le juge me l’a montré et ma cliente a été condamnée à un an de prison», a indiqué son avocat, Mahmoud Alizadeh Tabatabaie. «Dans la mesure où elle n’a pas d’antécédents judiciaires, le tribunal peut lui accorder une remise de peine», a-t-il ajouté, sans que les raisons de cette condamnation soient développées dans les médias; il se pourrait que ce soit sa double nationalité, statut non reconnu par Téhéran, qui a depuis qualifié la jeune femme d’«activiste».

Londres s’est dit «préoccupé» par ce verdict. «Nous nous interrogeons sur le motif des poursuites, l’équité du procès et les conditions de détention de Mademoiselle Ghavami», a indiqué dimanche à l’AFP un porte-parole du Foreign Office.

Le jeune femme de 25 ans avait été interpellée alors qu’elle participait à un rassemblement de femmes voulant assister à Téhéran à une rencontre de la Ligue mondiale de volley entre l’Italie et l’Iran, qui fait partie de l’élite de ce sport. Relâchée au bout de quelques heures, elle avait de nouveau été arrêtée quelques jours plus tard , en retournant au commissariat pour récupérer ses affaires personnelles. Un responsable judiciaire avait précisé en septembre que cette nouvelle détention n’était pas liée au sport, sans donner d’autre détail. Ses anciens condisciples de Londres tentent de mobiliser l’opinion,

son cas a depuis été soulevé plusieurs fois auprès de décideurs iraniens par des ONG et des journalistes comme la vedette de CNN Christiane Amanpour, qui en a parlé avec Ali Larijani, le président du parlement.

Détenue depuis 126 jours à la prison d’Evine à Téhéran, Ghoncheh a cessé de s’alimenter pendant deux semaines en octobre pour protester contre sa détention et l’absence de procès, selon la page Facebook (Free Ghoncheh Ghavami), où sa mère, sa famille et ses amis ont lancé une campagne pour obtenir sa libération.

Amnesty International a qualifié dimanche le verdict d’«épouvantable». «Il est scandaleux que cette jeune femme soit emprisonnée tout simplement pour avoir pacifiquement affirmé que les Iraniennes sont victimes de discrimination en Iran», a indiqué l’ONG dans un communiqué.

«La mixité pas encore dans l’intérêt général»

La rencontre internationale de volley à laquelle Ghoncheh Ghavami voulait assister avait été interdite aux femmes, une décision alors contestée par le gouvernement du président modéré Hassan Rohani. Le chef de la police nationale, le général Esmail Ahmadi Moghaddam, avait expliqué en juin que la police ne pouvait «permettre la présence de femmes dans les stades» car «la mixité dans les stades n’est pas encore dans l’intérêt général».

L’accès aux stades de football est aussi interdit aux Iraniennes, officiellement en raison du comportement obscène de certains supporteurs masculins.

En septembre, le premier ministre britannique David Cameron avait évoqué le cas de Ghonchehi avec le président Rohani lors de leur rencontre en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Il avait souligné «l’impact que ce genre de cas peut avoir sur l’image de l’Iran au Royaume-Uni», selon un porte-parole de Downing Street.

Interrogé à plusieurs reprises ces derniers mois sur les cas d’exécution et de détention en Iran, le président Rohani a toujours affirmé que l’autorité judiciaire est indépendante de son gouvernement. L’Iran a été de nouveau critiqué vendredi au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies pour sa politique en la matière, notamment le nombre élevé d’exécutions.