Menteur, George Bush? Joseph Wilson ne le dit pas aussi directement, mais il n'en est pas loin. Jamais l'accusation d'avoir trafiqué l'information sur l'armement irakien pour justifier la guerre n'était tombée d'une bouche si autorisée.

Joseph Wilson était ambassadeur jusqu'en 1998, et il avait été le dernier représentant américain à rencontrer Saddam Hussein, en 1991, à la veille de l'opération «Tempête du désert». En mars de l'an passé, la CIA a fait appel à cet ancien diplomate (proche du renseignement) pour une mission délicate. Le vice-président Dick Cheney, intraitable partisan du renversement du régime irakien, voulait vérifier des informations selon lesquelles Bagdad aurait acheté de l'uranium au Niger pour son programme nucléaire militaire. Wilson, qui avait été ambassadeur à Niamey, y a mené une enquête de huit jours, et il en est revenu avec une certitude: une vente d'uranium nigérien à l'Irak n'aurait pas pu avoir lieu sans que l'Agence internationale de l'énergie atomique le sache. Et l'AIEA a depuis démontré que le prétendu contrat qui avait éveillé le soupçon des Anglo-Saxons était un faux.

Le démenti qu'il ramenait d'Afrique a dû circuler, dit Wilson, dans quatre documents différents au sein de l'administration. Cinq mois plus tard, pourtant, l'hypothèse du redémarrage du programme nucléaire irakien avec de l'uranium acheté au Niger figurait dans un «livre blanc» publié à Londres. Première surprise. Mais Joseph Wilson fut encore plus stupéfait de lire la même mise en cause dans un texte du Département d'Etat américain en décembre. Et il n'en crut pas ses oreilles quand George Bush, dans son discours sur l'état de l'Union, en janvier dernier, reprit à son compte cette accusation. Jusqu'à dimanche, Wilson avait gardé le silence sur sa mission. Hier, il a parlé au Washington Post et écrit dans le New York Times. Il dit sa conviction que l'information a été tordue pour justifier la guerre. «Sur quoi mentent-ils encore?» demande l'ancien diplomate.