Il a pris part à l'enlèvement de l'ambassadeur américain au Brésil, le plus beau coup de la guérilla contre la dictature brésilienne (1964-1985). Fait scandale en s'exhibant à la plage vêtu d'un minuscule paréo. Défendu les libertés individuelles ou l'écologie à une époque où ces causes étaient encore peu connues au Brésil et raillé les idéaux marxistes dans un best-seller. Député, il est devenu le symbole de la lutte contre la corruption. Le voilà maintenant qui brigue la mairie de Rio, deuxième ville du Brésil.

Fernando Gabeira, 67 ans, candidat du Parti vert, a créé la surprise dimanche, au premier tour des municipales, en passant au second tour, qui se tiendra le 26 octobre. Il a obtenu 26% des suffrages contre 32% pour Eduardo Paes, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre).

Pour certains, sa percée dans la dernière ligne droite ne s'explique pas seulement par son programme et sa biographie qui plaît tant aux Cariocas jeunes, instruits et aisés, mais aussi par la volonté de barrer la route au sénateur Marcelo Crivella - que le président Lula soutenait officieusement et qui a obtenu 19% des voix. Marcelo Crivella est formellement évêque (mais il n'exerce plus) d'un culte évangélique - l'Eglise universelle de Dieu - qui cristallise le rejet à cause de ses attaques contre l'Eglise catholique et les religions afro-brésiliennes.

Pour l'emporter au second tour - il y en aura un également dans 28 autres villes - Fernando Gabeira doit maintenant convaincre l'électorat conservateur de Marcelo Crivella, qui l'associe encore aux causes qu'il défend, comme la légalisation du mariage gay, même s'il évite de les évoquer dans sa campagne. Il doit également progresser dans les milieux populaires. Le Parti des travailleurs (PT, du président Lula), que Gabeira a quitté en 2003, déçu par le chef de l'Etat, ne l'appuiera pas au second tour. Après le PT, le PMDB d'Eduardo Paes est le plus grand allié de la coalition présidentielle et Gabeira est soutenu par son plus grand adversaire: le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Avant goût de présidentielle

L'autre grande surprise du scrutin a eu lieu dans la plus grande ville du pays, São Paulo. Détrompant les sondages, Marta Suplicy, la candidate du PT, a été devancée de peu par le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite: 33,76% des voix contre 32,56%. C'est une bonne nouvelle pour le principal soutien du maire: le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra (PSDB), dont les chances de disputer la succession de Lula en 2010 comme candidat de l'opposition sont dopées. Du même coup, José Serra s'est garanti l'appui du parti de Gilberto Kassab à la présidentielle. São Paulo verra donc une confrontation indirecte entre Lula et Serra, qui vont tous deux s'engager dans la campagne. Mais malgré l'immense popularité du président, Marta Suplicy n'aura pas la tâche facile. Les 22,55% de voix du candidat défait de centre droit devront se reporter en majorité sur Gilberto Kassab.

Au total, le PT a élu 506 maires (contre 411 en 2004), loin derrière le PSDB (704). Mais il a décroché le plus grand nombre de capitales - six, surtout dans le nord et le nord-est pauvres, où les politiques sociales de Lula ont plus d'impact - ainsi que de villes de plus de 200000 électeurs (13).