L'ex-président de la Knesset, Avraham Burg (50 ans), quittera-t-il vraiment la vie politique israélienne dans le courant du mois de juillet ou reviendra-t-il sur sa décision en dernière minute? En tout cas, la semaine dernière, le supplément économique du Yediot Aharonot a annoncé en manchette que le leader des «colombes» du Parti travailliste et candidat virtuel à la succession de Shimon Peres était sur le point se signer un contrat d'emploi avec un important cabinet de courtage anglo-saxon. Mercredi, les principales stations de radio et de télévision de l'Etat hébreu ont confirmé l'information en donnant des détails des tractations en cours et en estimant que ce député à l'ambition affichée (en 2001, il ne cachait pas son intention de «devenir premier ministre d'ici à dix ans») a décidé de changer le cours de sa vie en se lançant dans les affaires.

Contacté par de nombreux médias, Avraham Burg a refusé de commenter la nouvelle. Enigmatique, il s'est contenté de faire savoir qu'il «s'expliquera le moment venu». En attendant, son retrait de la vie politique active représenterait un coup dur pour le camp de la paix puisqu'il a été, avec l'ex-ministre Yossi Beilin et avec son homologue palestinien Yasser Abed Rabo, l'un des artisans de l'Initiative de Genève.

Ancien lieutenant dans les unités d'élite de Tsahal, Burg s'est fait connaître au début des années 80 en militant dans les comités de réservistes dénonçant l'invasion du Liban. Nommé président de l'Agence juive (l'organisation chargée d'encourager les juifs a s'installer en Israël) en 1995, il profite de cette tribune pour se profiler comme «l'étoile montante de la politique israélienne» et pour dynamiser la campagne internationale exigeant la restitution par les banques suisses des biens en déshérence des victimes de l'Holocauste. Cet activisme soigneusement mis en scène par une noria d'attachés de presse porte rapidement ses fruits puisqu'il lui permet d'entrer dans le Comité Volker (chargé d'identifier les comptes dormants ou soldés «par erreur») et, surtout, de trouver sa place sur la scène politique de l'Etat hébreu.

Elu député en 1999 dans la foulée de la victoire d'Ehoud Barak contre Binjamin Netanyahou, il devient président de la Knesset et garde le perchoir jusqu'au divorce entre le Parti travailliste et le Likoud d'Ariel Sharon (2003). L'Intifada bat alors son plein. Après une courte période de silence, Burg change soudain de style et de ton. A la surprise générale, il enchaîne les attaques contre les dirigeants travaillistes (dont il fait pourtant partie) et contre leur «politique louvoyante». Dans la foulée, il publie une série de lettres ouvertes et d'éditoriaux proclamant la «mort du sionisme», dénonçant la «perte des valeurs morales au sein de la société israélienne» ainsi que le manque d'empathie des ressortissants de l'Etat hébreu pour le sort des Palestiniens sous occupation.

Ces prises de position sont appréciées à l'étranger mais pas en Israël, où Avraham Burg le député se marginalise. Rarement interviewé et, en tout cas, peu écouté, il cherche pourtant à jouer un rôle. Ces derniers mois, Burg a, par exemple, tout mis en œuvre pour convaincre ses amis politiques de ne pas participer à un nouveau gouvernement d'union nationale dirigé par Ariel Sharon. Dans ce cadre, il a joué un rôle important dans la décision prise mardi par les députés travaillistes de lever le «filet de sécurité» qu'ils accordaient au cabinet minoritaire du premier ministre.