La Belle Province canadienne est déjà en état de choc à peine connue la victoire électorale des indépendantistes du Parti québécois (PQ). «Evénement au Métropolis: une personne est décédée», atteinte par balles dans la nuit de mardi à mercredi, ont indiqué les services de police de Montréal sur Twitter. Qui communique maintenant aussi par le même canal, en français et en anglais: «Police Montréal @SPVM: Merci à ceux qui nous font parvenir des infos en lien avec l’évé survenu ce soir au Métropolis. Elles sont remises aux enquêteurs.»

Une autre personne est dans un état critique. L’agresseur présumé a en outre tenté de mettre le feu à la salle de concert au moment où la nouvelle première ministre, Pauline Marois, célébrait, dans un discours de victoire, le retour au pouvoir du PQ après une éclipse de neuf ans. Le suspect est un homme dans la cinquantaine, qui a réussi à entrer par la porte arrière du Métropolis avec une arme à feu vers minuit.

Victoire «assombrie»

Alors, immédiatement, la question était sur toutes les lèvres: en voulait-on déjà à la première femme qui accède à la tête du gouvernement québécois et dont la victoire s’en trouve soudain «assombrie», selon les termes du portail d’information Canoë? Le Devoir précise utilement que «selon la police de Montréal, il est trop tôt pour affirmer que l’homme voulait s’attaquer» à elle, qui a très vite «été sortie de scène par deux gardes du corps». Mais la consternation a gagné tout aussi vite la salle bondée du Métropolis. Mme Marois est ensuite revenue sur scène «pour rassurer ses troupes, leur demandant de quitter calmement» les lieux.

«Après avoir tiré sur les deux victimes, poursuit le quotidien montréalais, l’homme a mis le feu à un bâtiment adjacent et a pris la fuite à pied où des policiers l’ont intercepté. Sur les images tournées par Radio-Canada (RC), on pouvait le voir tout habillé de noir et cagoulé, entouré d’une couverture. Il a vociféré des mots incompréhensibles avant d’être emmené par les autorités. Sur les chaînes du service public audiovisuel, on affirme qu’il a prononcé ces mots inquiétants: «Les Anglais se réveillent! Les Anglais se réveillent!» Allusion évidente à la partition linguistique nationale dans la bouche de cet homme à l’allure singulièrement patibulaire sur les photographies de La Presse.

Le «drame», la «tragédie»

On apprend aussi sur RC que «les techniciens en identité judiciaire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été dépêchés sur place et s’affairent présentement à reconstituer la scène de crime». Plusieurs armes auraient été retrouvées sur place, et le SVPM a donc naturellement «ouvert une enquête pour ce qui pourrait «devenir le 22e homicide» à survenir sur le territoire de Montréal cette année». Un cameraman «se tenait devant le Métropolis pour filmer l’arrivée de Pauline Marois lorsqu’il a entendu une déflagration derrière l’immeuble, où il a constaté qu’il y avait un incendie important aux abords de l’entrée». Bref, pour The Montreal Gazette, il s’agit vraiment d’«une bizarre flambée de violence pour une nuit électorale». Qui a pris «une tournure dramatique», écrit Courrier Laval. C’est «une tragédie», renchérit le Globe and Mail de Toronto.

Et comme souvent dans ces cas-là, a pu constater Le Soleil, «de nombreuses rumeurs circulaient au moment de mettre sous presse sur l’identité des victimes. La chanteuse Marilou a affirmé sur son compte Twitter que deux techniciens du Métropolis, des collègues de son beau-père concepteur d’éclairage, se trouvaient en ambulance dans un état critique dans les minutes qui ont suivi l’incident.» Le Vancouver Sun a aussi fait une compilation des réactions «horrifiées» des Canadiens à travers tout le pays sur Twitter. Juste cet exemple, signé Joe Fantauzzi: «The violence tonight in Montreal is not my Canada. Federalist or sovereignist, left or right. We use ideas – not violence.»

Le sang-froid de la chef

Ainsi, «la fête péquiste prend une tournure funeste», titre Métro Montréal, confirmant que cela «aurait pu avoir des conséquences graves pour la vie de la première femme élue chef de gouvernement au Québec». Dans ces circonstances, «Marois a fait preuve de sang-froid», dit Le Journal de Montréal: «Elle a agi en bonne mère de famille», lui confie Yves Desgagnés, l’animateur de la soirée. «Sans flagornerie, ajoute ce dernier, j’ai été impressionné par notre chef. Elle était […] zen, d’un calme olympien. Elle était plus calme que nous tous d’ailleurs. J’ai été impressionné par la chef», répète-t-il, en insistant sur le fait qu’elle n’est pas devenue première ministre sans raison. «Elle est capable de maîtriser parfaitement ses émotions. Elle voulait être sûre que nous étions tous corrects, en bonne mère de famille. […] Elle voulait être sûre que les siens, la population, étaient corrects, calmes.»

Le blog du Dernier Québécois est, lui, plus inquiet après cet attentat qu’il considère «à la hauteur du racisme canadien-anglais». Extraits, tweets haineux à l’appui: «On n’a pas cessé de parler de la radicalisation des médias anglophones canadiens, qu’ils soient hors Québec ou à Montréal. On comparait le Parti québécois au Front national français, on le qualifiait de xénophobe, on ouvrait toutes les tribunes aux plus exaltés parmi les exaltés, crachant leur haine d’un Parti québécois associé au Troisième Reich. On pleurait sur le sort des pauvres anglophones opprimés qui – SCANDALE! – devraient apprendre la langue des Québécois avant d’obtenir la citoyenneté québécoise.»

«J’espère qu’elle se fera tirer»

Et après «on s’étonne», ironise l’auteur. «Bien sûr, on dira simplement: «Il était fou.» C’est simple. Ça nous rassure.» Mais «on a excité le racisme des anglophones d’ici jusqu’à le rendre acceptable. Et après l’attentat, les messages de nombreux anglos qu’on pouvait lire sur la page Facebook du Parti québécois», par exemple: «J’espère qu’elle se fera tirer.» (Kelsey Kazant) C’est ce vieux fond de racisme qui est à la base de cet attentat politique. Oui, l’homme était sans doute déséquilibré, mais le résultat est qu’un homme est mort, qu’il est mort pour des raisons politiques, et que les médias de langue anglaise ont contribué à cette mort.» Sûr qu’on en reparlera si la question indépendantiste revient sur le devant de la scène.