La trêve entrée en vigueur en Syrie le 30 décembre et parrainée par Moscou et Ankara se trouve de plus en plus fragilisée. Un attentat particulièrement sanglant a frappé samedi une ville rebelle du nord du pays et les combats se poursuivent entre les forces du régime et les rebelles dans la banlieue de Damas.

Au moins 48 personnes, en majorité des civils, ont été tuées samedi à Azaz, ville du nord de la Syrie frontalière de la Turquie et tenue par des rebelles. Un camion piégé a explosé sur un marché situé en face d'un tribunal islamique, selon une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Parmi les victimes figurent cinq juges religieux appartenant à différentes factions de la rébellion et 14 combattants rebelles. L'Observatoire fait encore état de dizaines de blessés. L'attentat a été attribué au groupe Etat islamique.

Azaz, cible des djihadistes

Des images montraient de gros nuages de fumée s'élevant d'une rue jonchée de débris métalliques, ramassés par des bulldozers, et des pompiers à l'oeuvre, munis de lances à incendie pour éteindre des véhicules en feu. Des secouristes, des rebelles et des civils fouillaient les décombres d'un bâtiment dont la moitié s'est écroulée.

Azaz a déjà été la cible de plusieurs attaques et offensives des djihadistes de l'EI. En novembre dernier, 25 personnes - des civils et des rebelles - avaient été tuées dans un attentat à la voiture piégée contre un quartier général des insurgés.

Cet attentat intervient au neuvième jour d'un fragile cessez-le-feu en vigueur sur plusieurs fronts en Syrie, mais qui exclut les zones contrôlées par les groupes djihadistes.

Guerre de l'eau

Des frappes aériennes ont par ailleurs repris dimanche sur la vallée de Wadi Barada, au nord-ouest de Damas. Cette zone sous contrôle rebelle fournit l'essentiel de l'eau potable de la capitale syrienne.

Les forces gouvernementales et leur allié du Hezbollah libanais ont lancé il y a deux semaines une offensive pour reprendre le secteur. Ils affirment vouloir assurer en permanence la sécurité de l'approvisionnement en eau de Damas.

Samedi, les avions avaient observé une journée de pause pour laisser place à des négociations - qui n'ont pas abouti - entre la rébellion et le gouvernement afin de remettre en état des installations endommagées depuis deux semaines. Les Nations unies ont déclaré que les infrastructures avaient été «délibérément visées», sans dire par qui.

Le régime affirme que le groupe djihadiste Fateh al-Cham (ancienne branche syrienne d'Al-Qaïda) est présent à Wadi Barada et accuse les rebelles de «contaminer au diesel» les réserves d'eau, ce que nient les insurgés. Ceux-ci assurent que les infrastructures ont été détruites par les bombardements du régime.

Les combats incessants à Wadi Barada ont provoqué une grave pénurie d'eau dans la capitale, l'ONU qualifiant les privations d'eau imposées aux civils de «crime de guerre». Selon l'ONU, 5,5 millions de personnes ont vu leur approvisionnement en eau coupé ou bien réduit parce que les sources de Wadi Barada sont inutilisables en raison des combats ou d'actes de sabotage.

Négociations en péril

Ces combats compliquent les préparatifs des négociations prévues en janvier à Astana (Kazakhstan) sous le parrainage de la Russie et de l'Iran, alliés du régime, ainsi que de la Turquie, soutien des insurgés. D'importants groupes rebelles ont déjà annoncé le gel de leur participation, accusant le régime de violer le cessez-le-feu, le énième depuis le début du conflit en 2011.

Engagée militairement depuis septembre 2015 en Syrie, Moscou a changé la donne dans la guerre en volant au secours de l'armée du régime de Bachar al-Assad qui était alors en difficulté face aux rebelles appuyés par des pays du Golfe et occidentaux.

La Turquie a, elle aussi, lancé en août une intervention militaire dans le pays en guerre, visant deux groupes qu'elle considère comme «terroristes»: l'EI et les Unités de protection du peuple kurde, alliées de Washington dans la lutte contre les djihadistes.

Plus de 310 000 personnes ont été tuées depuis le début en mars 2011 de la guerre en Syrie.