Ce 5 mars au matin, l’hécatombe du Covid-19 se prépare en Italie mais la crise avec la Turquie occupe aussi les esprits. La présidente de la Commission européenne prévoit toujours d’aller à Athènes le 6 mars pour annoncer des mesures. Dans la soirée cependant, changement de pied: elle y renonce, car elle doit se concentrer sur la crise sanitaire et tenir à cet effet des réunions.

Fin février déjà, quelques pays ont annoncé vouloir réintroduire sous peu des contrôles aux frontières et, début mars, certains commencent à bloquer des exportations de masques. Les mesures se durcissent. Ursula von der Leyen tentera de les rectifier à partir du 13 mars.

Une gestion «désordonnée»

En arrivant en décembre à la Commission, l’Allemande ne pouvait pas imaginer entrée en matière plus brutale. Pourtant, plus d’un mois et demi après le début de la crise sanitaire, sa réaction est critiquée: trop lente, trop faible, puis soudain précipitée et brouillonne. Ursula von der Leyen, qui vit au siège de la Commission, où elle a fait aménager un petit studio à côté de son bureau, n’a-t-elle rien vu venir? «Il y a eu assurément retard à l’allumage», confient différentes sources, qui notent cependant que les 27 n’ont pas fait mieux.

Après un moment de flottement, la présidente s’est lancée dans une multitude d’annonces à la mi-mars: sur Schengen, sur les exportations de matériel médical, sur une réserve de masques et de respirateurs, sur les aides publiques puis sur l’économie, jusqu’à activer une mesure inédite: la suspension du Pacte de stabilité. Tout cela en quelques jours: certains ont alors eu le sentiment d’être noyés sous une gestion «désordonnée, avec des visioconférences, des communications, des lignes directrices, des propositions tous les jours», dit un diplomate.

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Manque de leadership

En ce début avril, tous pensent que la mesure de la crise est maintenant prise, mais «les choses se seraient passées autrement avec un Juncker et un Selmayr [son ex-chef de cabinet]», assure un acteur de la scène européenne: ils auraient rapidement essayé d’imposer des choses aux 27 et non l’inverse. Un manque de «leadership» criant, regrettent les déçus de Von der Leyen, qui l’expliquent en partie par le fait qu’à sa décharge elle n’a pas l’expérience politique d’un Juncker, ex-premier ministre et pilote de l’Eurogroupe.

L’Allemande n’est pas non plus entourée d’un personnel rompu à la mécanique bruxelloise, avec deux assistants tout droit «importés» de Berlin: son chef de cabinet, Bjoern Seibert, et son chef de communication, Jens Flosdorff. Ursula von der Leyen ne «devait pas être là» non plus, raille un sceptique qui rappelle qu’elle reste une présidente surprise qui tire sa légitimité de deux ou trois chefs d’Etat.

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Opposée aux «coronabonds»

Mais blâmer uniquement la présidente serait injuste, proteste le député Arnaud Danjean, membre de sa famille politique. La Commission pâtit aussi des traités et du fait que la santé n’est pas de sa compétence.

Pour autant, une récente bourde pourrait entacher durablement le mandat d’Ursula von der Leyen: en se positionnant contre les «coronabonds» prévus en débat mardi à l’Eurogroupe, l’Allemande s’est peut-être durablement fâchée avec l’Italie, où «la défiance vis-à-vis de sa personne est forte», avoue une source. C’est sur l’économie que la présidente doit «absolument se rattraper».

L’élue écologiste Karima Delli est aussi de cet avis. Sur la crise socioéconomique d’une «violence inédite» à venir, il lui faudra être à la hauteur et affirmer le rôle de la Commission: en poussant «les Etats membres à franchir leurs limites».

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