La petite Shalhevet Pass, tuée lundi par un tireur palestinien, n'avait toujours pas été enterrée hier. Non que sa famille ait décidé d'ignorer la loi juive stipulant que l'on mette en terre un cadavre avant l'arrivée de la nuit: comme les 400 colons qui ont choisi de s'établir à Hébron, la famille Pass applique la religion à la lettre. Mais Oriyah (20 ans) et Yitzhak (24 ans) réservent un objectif supérieur au corps de leur bébé. Il ne sera pas enterré, ont-ils expliqué, avant que le quartier palestinien d'Abu Sneinah ne soit repris par l'armée israélienne.

Chacun des colons établis à Hébron sait depuis longtemps qu'il est une pièce de la guerre que se livrent Israéliens et Palestiniens. Mais c'est la première fois qu'un bébé mort est intégré de cette manière dans la bataille. La décision du couple a provoqué la «surprise» de divers rabbins, quand ce n'est pas leur réaction outrée. Mais les parents ont obtenu l'accord du rabbin Dov Lior, dont les colons de Hébron suivent très scrupuleusement les avis. «Cela ne déshonore pas le mort puisque l'objectif est de sauver d'autres vies», a dit le rabbin.

Le quartier d'Abu Sneinah, que les colons ont déjà rebaptisé «colline de Shalhevet» en hommage à la petite fille, est dans la partie de la ville remise aux Palestiniens conformément aux Accords de Hébron de 1997, signés par Benjamin Netanyahou. C'est de là que sont partis les tirs contre l'enfant. Les colons demandent que l'armée l'investisse à nouveau afin de mieux garantir leur sécurité. «Le corps d'un enfant de 10 mois ne peut pas servir de pistolet que l'on presse sur la tempe d'un premier ministre pour l'obliger à faire la guerre», estimait hier un commentateur dans le Yedioth Ahronot.

Le cadavre de Shalhevet Pass n'était pas, hier, seulement utilisé pour répondre au militantisme fanatique de ses parents. Les autorités israéliennes ont également donné des instructions à toutes leurs ambassades pour qu'elles convainquent les médias étrangers de donner autant de résonance que possible à la mort de la fillette. «C'est un assassinat pur et simple, commis de sang-froid. Il faut que cette information reçoive la place qu'elle mérite», explique Emmanuel Nahon, porte-parole du Ministère des affaires étrangères. Selon les Israéliens, la balle qui a transpercé la tête du bébé a été tirée d'un fusil muni d'une lunette télescopique. Des responsables palestiniens, dont le ministre de la Communication, Abed Rabbo, ont cependant nié que des tireurs puissent être équipés de matériel si sophistiqué à Hébron.

Comparaison avec Mohammed…

Même si le rapprochement n'est pas fait de manière officielle, il est dans toutes les têtes. En octobre dernier, Mohammed Al Dura, un autre enfant, palestinien celui-là, mourait dans les bras de son père. A l'époque, les Palestiniens avaient distribué jusqu'à la nausée les images de sa mort, filmée par une caméra de la télévision française. Elles avaient ému aux quatre coins du monde, de manière spécialement visible dans le monde arabe.

«Si cela avait été un enfant palestinien, les télévisions étrangères auraient montré des images toutes les heures. Mais cette fois, beaucoup d'entre elles n'ont même pas montré une photo», se lamentait dans la presse un responsable israélien. Si, au Ministère des affaires étrangères, on reconnaît avoir diffusé des images de la famille Pass et de la petite fille encore vivante, on dément être à l'origine d'un autre document particulièrement dur, apparu un peu partout et montrant la fillette décédée.

Des sources concordantes reconnaissent néanmoins que cette photo, prise avec le consentement de la famille, a été distribuée «par une source officielle mais de manière officieuse». D'ores et déjà, cette image a été brandie dans des manifestations en format poster afin de réclamer une intervention de l'armée à Hébron. «Cela fait des mois que nous demandons à l'armée de reprendre les collines de Hébron, dit le porte-parole des colons David Wilder. Si Sharon ne tient pas ses promesses en éradiquant les terroristes, c'est nous qui nous en occuperons», ajoute-t-il en justifiant le comportement des parents de Shalhevet.