Il n'aura pas fallu longtemps à Mark Ierace, substitut du procureur, pour entrer dans le vif du sujet, lundi, dès la première heure du procès du général Stanislav Galic. A l'aide de cartes et de vidéo, l'accusation l'a emmené plusieurs années en arrière, au siège de Sarajevo, la capitale martyre de la Bosnie.

De 1992 à 1995, quarante-quatre mois de bombardements non pas aveugles, mais ciblés, selon le procureur, ont été menés sur les populations civiles, comme ce 5 février 1994, quand un obus de 120 mm frappe le marché de la Vieille-Ville, faisant 66 morts et 140 blessés. Ciblés aussi les tirs des snipers, ces soldats embusqués qui visent les habitants. En tout, près de 11 000 personnes seraient mortes pendant le siège, dont 1500 enfants, et 50 000 personnes ont été blessées.

Stratégie de la terreur

De septembre 1992 à août 1994, Stanislav Galic commandait le corps Romanja de Sarajevo, une partie de la VRS, l'armée serbe de Bosnie. Le général Galic «n'est pas l'instigateur de la stratégie de bombardements et d'usage de francs tireurs dans le but de terroriser la population», a reconnu l'accusation. Il a néanmoins poursuivi le travail de son prédécesseur, alors qu'en bon militaire, il aurait dû donner l'ordre de protéger les populations civiles et de concentrer les combats contre les soldats ennemis. Pour ses actes, le général Galic est accusé de crimes contre l'humanité et de violation des lois et coutumes de guerre.

L'acte d'accusation recense une longue liste de noms de victimes de cette stratégie de la terreur, ainsi que les circonstances de leur mort, parfois même à leur domicile, fauchés par des balles serbes. Le général Galic plaide non coupable. Il affirme n'avoir jamais eu connaissance de telles exactions. «Bien que dirigeant ses troupes du haut des collines surplombant Sarajevo, l'accusé doit être la seule personne au monde à avoir ignoré ce qui s'y passait», a ironisé le substitut du procureur.

Stanislav Galic n'est pas le seul à faire l'objet de poursuites pour le siège de Sarajevo. Sont également inculpés son successeur, Dragomir Milosevic, son homonyme, Slobodan Milosevic, Radovan Karadzic et Ratko Mladic. Si l'ancien président est en prison à La Haye, les trois autres sont encore en liberté. Selon le procureur Carla Del Ponte, le général Mladic vit en Serbie, protégé par l'armée serbe. Il n'est un secret pour personne dans le pays que l'officier, considéré comme un héros, y bénéficie d'une impunité totale. En visite à Bruxelles, le président yougoslave Vojislav Kostunica n'en a pas moins répété: «Pour autant que je sache, Mladic n'est pas en Yougoslavie».