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La culture électorale russe a ses particularités. Bien que Vladimir Poutine soit, d’après les sondages, assuré d’être réélu dès le premier tour pour un quatrième mandat, la machine administrative exerce des pressions sur les catégories…
© ABIR SULTAN / EPA

Présidentielle russe

Dans un bureau de vote moscovite, entre la carotte et le bâton

Pour mobiliser l’électorat dans un scrutin joué d’avance, les autorités moscovites attirent les citoyens avec de la nourriture, tandis que d’autres sont poussés vers les urnes par leur employeur

A Moscou, ce dimanche, la météo est favorable: un soleil radieux incite les Moscovites à mettre le nez dehors malgré un froid vif. Prévoyante, la mairie a mis toutes les chances de son côté, en organisant un festival culinaire pour attirer les électeurs vers les bureaux de vote. A proximité, et parfois même dans les locaux, ont été installés des kiosques et des stands présentant des mets recherchés à prix doux.

Je sais que Poutine va gagner, mais je viens voter pour qu’on ne vole pas ma voix

«Je serais venue de toute façon voter pour Vladimir Poutine, mais c’est une manière de joindre l’utile à l’agréable», déclare Olga Smirnova, tout en contemplant un assortiment de fromages biélorusses, à côté du bureau de vote numéro 11. Retraitée, l’électrice confie avoir «toujours voté pour le président, car il faut respecter le pouvoir. D’ailleurs, qui d’autre peut mettre de l’ordre dans ce pays? Personne à mon avis.» La retraitée ne voit rien d’anormal à ce que les autorités attirent les électeurs avec de la nourriture. «C’était déjà comme ça du temps de l’URSS.»

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Le coup de pouce du maire ne plaît pas du tout à Igor Krylov, un employé des chemins de fer qui vote pour le candidat communiste. «La démagogie du régime est inacceptable. Je sais que Poutine va gagner, mais je viens voter pour qu’on ne vole pas ma voix», dit-il, ajoutant n’avoir «aucune confiance» dans le comptage des voix: «La commission électorale a laissé faire un tas d’infractions durant la campagne et a même participé à la campagne de diffamation contre [le candidat communiste] Groudinine.»

Catégories sous surveillance

Une soixantaine d’hommes modestement vêtus ont formé pendant ce temps une longue file d’attente devant la table des «citoyens en déplacement». La mine fermée, ils font la queue parce qu’ils sont tous arrivés en même temps, acheminés par un autobus spécial. «Nous sommes des ouvriers de [la société] Domstroï», lâche discrètement l’un d’eux, après avoir voté. «Le boss est venu nous chercher sur le chantier et nous a demandé de prendre nos passeports pour aller voter. Moi je ne suis pas d’ici et je n’avais pas du tout l’intention de le faire» confie-t-il, avant d’abréger sèchement la conversation pour remonter dans son autobus.

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La culture électorale russe a ses particularités. Bien que Vladimir Poutine soit, d’après les sondages, assuré d’être réélu dès le premier tour pour un quatrième mandat, la machine administrative exerce des pressions sur les catégories socioprofessionnelles dépendant directement de l’Etat. Tous les fonctionnaires savent que, dans chaque bureau de vote, des personnes vérifient qu’ils sont venus voter. Les étudiants sont aussi sous surveillance. La nouveauté de ce scrutin présidentiel est l’effort consenti par des sociétés privées pour réduire l’abstention parmi leurs employés.

Une inquiétude, l’abstention

L’inquiétude du Kremlin envers l’abstention repose sur trois facteurs. La participation aux scrutins présidentiels décline constamment depuis 1991, de 76,6% alors, à 65,3% en 2012. L’administration présidentielle a fixé un objectif de 70%, d’une ampleur de plébiscite, pour propulser Vladimir Poutine au rang de leader national, alors que l’absence de véritable concurrence politique tend à démobiliser les électeurs. Enfin, le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, exclu du scrutin, a appelé à l’abstention.

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