Un cadeau empoisonné

Le résultat est incontestable. Les républicains sont les grands vainqueurs des élections de mi-mandat. Mais il pourrait s’agir d’un cadeau empoisonné. Contrôlant désormais la Chambre des représentants et le Sénat, ils ne pourront plus se cacher derrière l’excuse des «blocages de Washington» pour justifier la cote de popularité de leurs leaders qui est plus basse que celle du président Barack Obama. Dans les deux ans à venir, ils devront montrer qu’ils sont mieux à même de gérer les affaires que leurs rivaux démocrates.

La tâche sera ardue. Les républicains ont gagné le scrutin de mardi sans agenda, sans proposition concrète. Ils ont surtout axé leur message négatif sur l’incompétence supposée de Barack Obama érigé en bouc émissaire expliquant tous les maux actuels du pays. L’ex-candidate à la vice-présidence des Etats-Unis, Sarah Palin, rarement inspirée, l’a pourtant reconnu sur sa page Facebook en mettant en garde le Grand Vieux Parti: «Les Américains n’ont pas nécessairement voté pour un parti, mais contre les dysfonctionnements continus et la corruption de Washington.»

Aujourd’hui, Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine du Sénat qui devrait devenir le leader de la majorité en janvier, promet qu’il va chercher à collaborer avec la Maison-Blanche: «Ce n’est pas parce que nous avons un système bipartite que nous devons être en conflit perpétuel.» La tonalité semble nouvelle, mais l’historique récent de ce sénateur représentant la vieille garde du parti n’est pas encourageant. C’est en effet Mitch McConnell qui, en 2009, au premier jour de l’entrée en fonction du président démocrate, avait déclaré qu’il ferait tout pour que Barack Obama ne serve qu’un seul mandat. De fait, sous son égide, les républicains ont fortement contribué à faire du Congrès l’un des plus inefficaces de l’histoire.

Un parti «cassé»

L’autre défi, pour les républicains, sera de mettre fin à «la guerre civile» qui fait rage en leurs rangs entre modérés et ultraconservateurs du Tea Party. Le parti ne comprend pour l’heure aucun leader naturel qui s’impose. Les élus sont nombreux à aspirer à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016 et pourraient être tentés de privilégier un agenda très individuel au détriment du parti. Le sénateur libertarien Rand Paul en est une illustration. Voici quelques jours, il a jugé le Parti républicain «cassé». Le Texan Ted Cruz annonce déjà sa stratégie: la confrontation. Il promet de s’opposer coûte que coûte à toute réforme globale de l’immigration et de mettre sur pied des auditions pour examiner les abus présumés de pouvoir du président démocrate. Une telle attitude apparaît très dommageable pour les républicains dans la perspective de la présidentielle de 2016. S’ils font étalage de leur refus de coopérer avec Barack Obama et s’ils se disputent sans fin à l’interne, ils pourraient en payer le prix fort dans deux ans.