Trois énormes 4x4 stationnent devant la gare de Lausanne. De la boue plein le ventre et un fanion Médecins sans frontières (MSF) ondulant sur le capot. La colonne se met en branle, direction le Flon. Les monstres se garent devant le fameux dancing du Mad. Images incongrues. C'est que l'ONG, connue pour sa maîtrise de la communication, a commencé mardi une opération de sensibilisation dans la capitale vaudoise. Sur 600m², un camp de réfugiés a été en partie reconstitué. Abris, latrines, pompe à eau, tentes de vaccination ou de soins donnent une idée du quotidien des personnes en fuite et des tâches qui incombent aux humanitaires qui les entourent.

«Les camps représentent le plus gros de notre boulot, note Audie Hazenberg, logisticienne. Dans la mesure où nous intervenons en urgence, qu'il s'agisse de conflits armés ou de catastrophes naturelles, cela commence toujours par des mouvements de populations.» Quelque 32,8 millions de personnes ont dû fuir leur foyer à travers la planète, dont plus de 21 millions sont déplacées à l'intérieur de leur propre pays. «Avant les soins proprement dits, la difficulté consiste à acheminer le matériel sur place et à aménager les lieux, poursuit Sonia Bourlier, infirmière anesthésiste. Il faut trouver de l'eau, monter les tentes... Pour cela, nous travaillons de concert avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou le Programme alimentaire mondial.» Les Etats concernés ne facilitent pas toujours la tâche des humanitaires. «Nous venons d'entamer des discussions avec les autorités birmanes, mais il nous faut en moyenne neuf mois pour recevoir des équipements là-bas. Autant dire que les besoins en urgence...» déplore Guillaume Queyras, responsable du service logistique opérationnel à MSF-Suisse.

La jeunesse ciblée

L'exposition, située dans l'entrepôt des anciennes presses centrales de la ville, a déjà été présentée à Lugano, Berne, Bâle et Zurich. Destinée à un large public, elle vise plus particulièrement la jeunesse et les écoles. «MSF est une organisation qui agit et qui témoigne, souligne Darcy Christen, membre du conseil d'administration. Grâce à cette mise en scène, nous espérons sensibiliser les gens au sort des réfugiés, principalement les adolescents. Tant mieux si cela suscite des vocations! Il est important, en outre, que nos donateurs sachent où va leur argent.» MSF est financé à 90% par des dons privés, une garantie d'indépendance à laquelle l'ONG tient plus que tout.

«Survivre en fuite - A la découverte d'un camp de réfugiés», route de Genève 7, Lausanne. Jusqu'au 25 mai. Visites guidées. http://www.msf.ch/camp