Kioumars n’a pas de nouvelles de ses deux fils de 26 et 27 ans, depuis qu’une pluie de roquettes s’est abattue samedi matin sur le camp Liberty, près de Bagdad en Irak, où ils vivent avec plus de 3000 autres opposants iraniens en exil. Mais il sait qu’ils ont tous deux été touchés dans l’attaque qui a fait 6 morts et entre 40 et 100 blessés, selon les sources. «Ils sont peut-être morts depuis, comment le saurais-je? Je ne peux pas entrer en contact avec eux», se lamente l’homme de 51 ans, qui manifestait lundi devant le Palais des Nations, avec une poignée de membres de l’Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI).

Le camp Liberty, installé sur une ancienne base de l’armée américaine, a été la cible de 35 tirs de roquettes et de mortiers, rapportent les opposants iraniens. Créé pour abriter les anciens résidents du camp d’Achraf vers Bagdad, évacués dès janvier 2012 sous la pression des autorités irakiennes, Liberty ne devait être qu’un lieu de transit, conformément à un accord entre l’Irak et l’ONU. Or, les tentatives du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de trouver des pays d’accueil pour les résidents de Liberty ont échoué: seules cinq personnes, à ce jour, ont pu s’installer dans un Etat tiers par ce biais. Un an plus tard, 3100 personnes vivent encore à Liberty, dans des conditions précaires.

Précédentes attaques

Par le passé, le camp des exilés iraniens avait été la cible de deux assauts à Achraf. En juillet 2009, l’irruption de soldats irakiens avait fait 11 morts. En avril 2011, 36 personnes mouraient dans un nouveau raid. «Les résidents d’Achraf étaient d’accord de quitter le camp pour s’installer à Liberty, à condition que leur sécurité soit garantie», dénonce Behzad Naziri, du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). De toute évidence, ce n’est pas le cas.

Chassés d’Iran dans les années 1980, après avoir mené plusieurs attaques armées contre le régime du shah, les moudjahidin du peuple s’installent en Irak pour continuer à combattre l’Iran avec la protection de Saddam Hussein. Après l’invasion américaine de 2003, ils sont désarmés. Depuis que les Etats-Unis ont remis la responsabilité du camp entre les mains des autorités irakiennes, devenues entre-temps les alliées de Téhéran, leur situation n’a cessé de se dégrader, malgré les engagements du gouvernement de Nouri al-Maliki de garantir leur sécurité. Derrière le bombardement de samedi, comme chaque fois, le groupe d’opposants en exil voit la main de Téhéran, «avec la complicité du gouvernement irakien». Selon l’OMPI, l’assaut a été mené par la force terroriste Qods.

Les condamnations internationales n’ont pas tardé à pleuvoir. L’émissaire spécial de l’ONU en Irak, Martin Kobler, réclame une enquête. Le haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés, Antonio Guterres, souligne de son côté que les résidents du camp sont sous la protection internationale. Désemparé, l’OMPI réclame dorénavant que les résidents de Liberty puissent retourner à Achraf. Considéré hier comme un lieu dangereux, il serait plus sûr que Liberty, «pire qu’une prison» aux yeux de Kioumars.