Chen Guangcheng s’adresse dans ce message au Premier ministre Wen Jiabao. L’avocat autodidacte aux lunettes noires, dont la fuite faisait sensation vendredi en Chine, a ainsi choisi un moyen inédit pour s’adresser directement à lui, tout en prenant à témoin la vaste communauté des internautes, avec ce message d’une quinzaine de minutes enregistré dans un endroit non précisé.

Chen Guangcheng, la voix chargée d’émotion, demande au chef du gouvernement sur un ton respectueux que sa famille soit épargnée et livre les noms de plusieurs responsables locaux ayant infligé des mauvais traitements à sa femme, son fils, sa mère et lui-même depuis la fin 2010.

Trois demandes

«Cher Premier ministre Wen, je me suis finalement échappé, je peux prouver que toutes les rumeurs qui circulent sur l’internet et que les abus dont j’ai souffert sont réels», dit Chen, qui se tient devant une fenêtre dont le rideau est tiré, avant d’énoncer trois demandes:

«Que les criminels soient sévèrement punis, en conformité avec la loi», demande-t-il d’abord, évoquant diverses violences, notamment contre sa femme «battue pendant plus de 10 heures» par une dizaines d’hommes, «dont aucun ne porte d’uniforme officiel». Chen propose à M. Wen «de conduire une enquête approfondie sur (son) cas», expliquant que le traitement subi par lui-même et sa famille sous le régime de cette assignation à résidence officieuse «est trop cruel et pourrait être dommageable à l’image du Parti» communiste.

Chen demande ensuite «la garantie de la sécurité des membres de (sa) famille», pour lequels il redoute des représailles maintenant qu’il est «libre». Il explique que sa femme est blessée après avoir reçu des coups, que son fils est suivi par trois personnes chaque jour. «Si quelque chose de mal arrive à ma famille, je ne cesserai de demander que les responsables rendent des comptes», prévient-il dans cette video visible sur YouTube.

L’avocat demande enfin à Wen Jiabao «de punir la corruption conformément à la loi», en évoquant les cas de «responsables locaux du gouvernement» et «de la police» dans son district. «Les premiers ne veulent pas admettre leurs crimes, les seconds sont impliqués dans des affaires de corruption», accuse-t-il.

Chen, malgré le handicap de sa cécité, a pu s’enfuir dimanche dernier au nez et à la barbe des dizaines d’hommes de main du régime qui l’empêchaient depuis 19 mois de sortir de son domicile de la province du Shandong (est), ont annoncé des défenseurs des droits de l’Homme.

L’un d’entre eux, Bob Fu, a indiqué à l’AFP qu’il se trouvait désormais dans un endroit «100% sûr» à Pékin, sans pouvoir confirmer les rumeurs sur la présence de Chen à l’ambassade des Etats-Unis dans la capitale chinoise.