États-Unis

Un chef au cœur de l'ouragan «Dorian»

L’ouragan menace la côte Est des Etats-Unis après avoir provoqué des «dégâts sans précédent» aux Bahamas. Le cuisinier et restaurateur espagnol José Andrés, habitué à intervenir lors de catastrophes naturelles, s’est rendu dimanche avec son ONG dans les îles Abacos pour coordonner les secours et distribuer des repas

Il n’a pas hésité. Alors que l’ouragan Dorian a violemment frappé les Bahamas, détruit des milliers de maisons et déversé des trombes d’eau sur les îles avec des vents frôlant les 300 km/h, le chef cuisinier José Andrés s’est rendu sur place dimanche. Avec son ONG, World Central Kitchen, l’homme à l’imposante carrure et à l’énergie débordante organise les secours, en distribuant des repas pour les personnes touchées.

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«Le jour le plus triste de ma vie»

L’ouragan de catégorie 5 qui s’est abattu sur les îles Abacos et de Grand Bahama, dans le nord-ouest de l’archipel des Bahamas, a été qualifié de «catastrophique» par le Centre national des ouragans américains. Selon le centre, le pouvoir destructeur de Dorian égale le record de 1935 de l’ouragan le plus puissant de l’Atlantique après avoir touché terre. «C’est probablement le jour le plus triste de ma vie», a déclaré, dimanche, le premier ministre des Bahamas, Hubert Minnis, qui parle aujourd’hui de «dégâts sans précédent».

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Le cyclone à la trajectoire mouvante menace désormais la côte Est des Etats-Unis, où de nombreuses zones ont été évacuées, en Floride, en Géorgie et en Caroline du Sud. Selon la Croix-Rouge américaine, 50 000 personnes pourraient devoir bénéficier d’un abri d’urgence. Donald Trump a renoncé à un voyage en Pologne à cause de Dorian, qu’il qualifie de «monstrueux». «Si vous êtes dans une zone d’évacuation, partez maintenant, a lancé à la télévision le sénateur Rick Scott, ancien gouverneur de Floride. Nous pouvons reconstruire vos maisons. Nous ne pouvons pas reconstruire votre vie.»

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Aux Bahamas, où Dorian s’est attardé lundi, il est encore trop tôt pour chiffrer l’ampleur exacte des dégâts. Mais les images divulguées sur les réseaux sociaux et par The Tribune, un journal de l’archipel, donnent une idée de la force avec laquelle l’ouragan a frappé la région. Des maisons totalement éventrées, des toits qui émergent à peine des flots, ou encore des bateaux coincés dans des arbres: les scènes de désolation se multiplient. José Andrés, suivi par plus de 757 000 personnes sur son compte Twitter, est apparu dans une première vidéo, où il était à peine audible, détrempé, tentant de résister aux vents. Très sollicité, il a ensuite pu expliquer sa démarche dans d’autres vidéos. «Nous aimons être rapides et à proximité de l’action afin de pouvoir participer immédiatement à la reconstruction», a-t-il souligné à CNN, en insistant sur le besoin d’arriver, dans l’idéal, avant la catastrophe.

Efficace, le chef a très vite rencontré le premier ministre des Bahamas et les responsables des secours. Il a identifié les cuisines qu’il peut réquisitionner et s’est mis à l’ouvrage. «La nourriture est ce qui rassemble les gens. Peu importe qui ils sont, ce qui les a amenés ici ou quelles sont leurs croyances: nous arrivons, et nous les nourrissons. C’est le meilleur moyen pour commencer la reconstruction», insiste-t-il dans une autre séquence.

José Andrés a une certaine expérience en matière de catastrophes naturelles. L’Espagnol, désormais également Américain, ne se contente pas de bâtir un empire à succès – des dizaines de restaurants aux Etats-Unis, dont le dernier en date, Little Spain, dans le nouveau quartier new-yorkais de Hudson Yards à 25 milliards de dollars –, d’avoir fait découvrir les tapas aux Américains et de développer une cuisine avant-gardiste originale: il incarne aussi un nouveau métier, celui de restaurateur humanitaire.

Humanitaire de l’année en 2018

José Andrés s’est envolé pour les Etats-Unis en 1991, à l’âge de 21 ans, après avoir notamment travaillé, en Espagne, pour le restaurant El Bulli de Ferran Adrià. C’est en 2010, après un tremblement de terre qui a dévasté Haïti, qu’il a eu l’idée de fonder World Central Kitchen. L’ONG a depuis été active dans de nombreuses régions touchées par des catastrophes naturelles: République dominicaine, Nicaragua, Zambie, Pérou, Cuba, Ouganda, Cambodge ou encore Porto Rico, après l’ouragan Maria qui a dévasté l’île en automne 2017.

Il y avait distribué plus de 2 millions de repas pendant le premier mois qui a suivi la catastrophe, alors que l’aide gouvernementale n’arrivait pas. Il a reçu des prix pour ses activités humanitaires. En 2016, José Andrés a même été reçu à la Maison-Blanche, et le magazine Time l’a fait figurer parmi ses 100 personnes les plus influentes, à la fois en 2012 et en 2018. C’est en 2018 aussi qu’il a été nommé «humanitaire de l’année» par la Fondation James Beard.

José Andrés n’hésite pas à s’en prendre frontalement à Donald Trump. Il comptait ouvrir un restaurant dans le Trump International Hotel de Washington en 2016, mais y a renoncé après l’avoir entendu, en pleine campagne présidentielle, traiter les Mexicains de «violeurs». Cela lui a valu d’être poursuivi en justice par le clan Trump pour avoir cassé le contrat. Depuis, il n’a pas la langue dans sa poche et intervient souvent pour dénoncer la politique migratoire restrictive mise en place par le président américain. 

Cette année, il a aussi décidé de venir en aide aux fonctionnaires victimes du shutdown de Donald Trump, cette fermeture partielle de l’administration fédérale qui a mis des milliers d’Américains en congé forcé. Après les Bahamas, José Andrés n’aura probablement pas de répit: il suit la trajectoire de Dorian avec une attention toute particulière. D’ailleurs, il a déjà activé son réseau en Floride.

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