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Au centre, Arsen Pavlov.
© AP Photo / Dmitry Lovetsky

Ukraine

Un chef de guerre russe assassiné à Donetsk

Personnalité haute en couleur du conflit dans le Donbass, Arsen Pavlov, surnommé «Motorola», a péri dimanche dans un attentat. Héros des médias proches du Kremlin, il est vilipendé comme terroriste et criminel de guerre par Kiev

Arsen Pavlov, 33 ans, est mort dimanche soir victime d’une bombe placée dans l’ascenseur de son immeuble. Il rentrait à son domicile du centre de Donetsk, accompagné d’un garde du corps, également décédé dans l’explosion. Surnommé «Motorola», ce chef militaire séparatiste s’était rendu célèbre en alimentant les médias russes de scènes de combat filmées à la caméra GoPro. Aimant parader devant les caméras le portrait recouvert de médailles octroyées par la «République populaire de Donetsk», il médiatisait son combat en allant jusqu’à coordonner des offensives avec une chaîne de télévision russe. C’est en tout cas ce dont l’a accusé le journaliste ukrainien Alexandre Gorobets, qui a surpris un collègue de la chaîne russe LifeNews donnant des instructions à «Motorola» en mai 2014.

Sa petite taille, ses cheveux roux ardent et son rictus découvrant une mauvaise dentition en feraient un personnage caractéristique de bande dessinée. Mais pour les Ukrainiens, il était l’incarnation de la cruauté, ayant publiquement admis l’exécution de prisonniers de guerre ukrainiens. «Je me fous de ce dont on m’accuse. J’ai fusillé 15 prisonniers. Je m’en fous. Sans commentaire», avait déclaré Arsen Pavlov à un journaliste ukrainien l’interrogeant par téléphone. A la tête de sa brigade Sparte, il a aussi joué un rôle clé dans plusieurs batailles décisives (Ilovaïsk, l’aéroport de Donetsk et Debaltsevo) d’un conflit qui a fait presque 10 000 morts dans l’est de l’Ukraine.

D’après les entretiens qu’il a donnés aux médias russes, Arsen Pavlov est né à Komi, dans le Grand Nord russe. Orphelin à 15 ans, il est recueilli par sa grand-mère. Il sert comme soldat de transmission (d’où son surnom militaire) dans les marines russes et connaît son baptême du feu en Tchétchénie. Retournant dans la vie civile, il travaille comme ouvrier marbrier, soudeur et laveur de voitures. Les services secrets ukrainiens le repèrent en 2014 parmi les activistes russes en Crimée, puis à Kharkiv (Ukraine). L’Union européenne l’a placé la même année sur la liste des individus sous sanction.

Se sachant menacé, «Motorola» se promenait fréquemment dans les rues du centre de Donetsk toujours accompagné d’au moins deux gardes du corps armés de Kalachnikov. Il est le septième chef de guerre séparatiste à être liquidé à l’arrière du front. Il était bien sûr dans la ligne de mire des autorités ukrainiennes. «Durant des interrogatoires en infraction avec toutes les conventions internationales, [le soldat ukrainien] Igor Branovsky a été exécuté personnellement par un bandit inhumain surnommé Motorola», a déclaré le président ukrainien Petro Porochenko le 5 septembre dernier, promettant de punir Arsen Pavlov.

«Célèbre résistant»

Réagissant dès dimanche soir à l’assassinat, le président autoproclamé de la «République populaire de Donetsk», Alexandre Zakhartchenko, a affirmé «connaître l’identité des exécutants […] Ce que j’en retiens, c’est que Petro Porochenko a enfreint le cessez-le-feu et nous a déclaré la guerre.» Kiev dément et parle de «règlement de comptes entre terroristes».

Les chaînes de télévision russes ont rendu un hommage appuyé lundi au «légendaire combattant Motorola» (chaîne NTV). Le quotidien à grand tirage MK évoque un «célèbre résistant» et déroule un diaporama d’Arsen Pavlov prenant un selfie devant une glace, en version Rambo, torse nu, une grosse croix orthodoxe autour du cou et une mitrailleuse au bras. Le plus souvent, la nationalité russe d’Arsen Pavlov est occultée par les médias russes, en ligne avec la ligne officielle du Kremlin, qui présente le conflit du Donbass comme une «guerre civile» en Ukraine.

Des personnalités russes de premier plan ont tressé des lauriers au chef de guerre. L’écrivain Alexandre Prokhanov regrette la disparition d’un «héros national» auquel «il faudrait composer des odes et des légendes». Le député Vitali Milonov a proposé hier de renommer une école de Saint-Pétersbourg (sa circonscription) en l’honneur de «Motorola». Plus menaçant, un autre chef de guerre, surnommé Givi, promet de le venger en «rasant chaque ville ukrainienne jusqu’à Kiev».

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