Le «tractoriste» a sauvé sa tête: Salaouddine Temirboulatov, surnommé ainsi pour avoir travaillé longtemps dans un kolkhoze et que les médias russes appellent également «le plus sanguinaire des bourreaux tchétchènes», devait répondre de 24 chefs d'accusation – exécution sommaire de militaires et de prisonniers russes, enlèvements et demandes de rançon, participation à des formations armées illégales – pour lesquels le procureur Vladimir Kravtchenko réclamait la peine de mort. Or c'est finalement à la prison à perpétuité que le «tractoriste» a été condamné jeudi par la Cour suprême de Kabardino-Balkarie (Caucase du Nord). Au terme d'un procès très émotionnel.

Il faut dire que Temirboulatov niait tout en bloc, à l'exception de l'exécution d'un soldat russe en 1996, et que l'accusation tenait là sa seule preuve véritable, mais de taille: une cassette vidéo diffusée des centaines de fois sur toutes les télévisions du pays et sur laquelle on voyait le «tractoriste» tuer d'une balle dans la tête un prisonnier russe enchaîné à genoux devant lui. Sur le même document on l'entendait lire la sentence de mort du soldat qu'il s'apprêtait à exécuter, ainsi que de quatre autres militaires. Devant le tribunal, le «tractoriste» s'est justifié en expliquant que le soldat en question avait tenté de vendre sur un marché local la chaînette de sa cousine, ce qui signifiait qu'il l'avait violée et tuée.

Salaouddine Temirboulatov avait été arrêté lors d'une opération, en mars 2000, dans un petit village tchétchène où il organisait, de nuit, l'hébergement des rebelles et était, de jour, l'adjoint du maire local. En plus de la cassette, l'accusation avait également produit les témoignages d'officiers russes et d'un homme d'affaires turc enlevés, puis emprisonnés par Temirboulatov. «Il avait fait de nous ses esclaves», a précisé un parachutiste. Temirboulatov, selon son avocat, a «reconnu son crime devant les hommes et devant Dieu à qui il a par ailleurs demandé protection contre toutes les autres accusations infondées».

«Un simple soldat»

Le procureur, qui avait demandé la peine de mort au motif du «manque de repentir de l'accusé et du danger qu'il représente pour la société», s'est déclaré satisfait du verdict «rendu au terme d'un procès très objectif». A l'énoncé dudit verdict cependant, l'oncle du «tractoriste» présent dans la salle faisait entendre un autre son de cloche: «Ils ont condamné un simple soldat. Jamais au cours des deux guerres de Tchétchénie, on n'avait vu, dans un camp ou dans un autre, un général condamné à une peine pareille.» L'avocat a fait appel.