Primaire

Un combattant, un bonimenteur, un utopiste triste: le premier débat de la gauche française

En France, le premier débat télévisé de la primaire organisée par le Parti socialiste a surtout permis à la plupart des candidats de prendre leurs distances avec le bilan de la présidence Hollande. Manuel Valls se retrouve presque seul contre tous

La primaire «citoyenne» organisée par le Parti socialiste pour désigner son candidat à l’élection présidentielle d’avril-mai 2017 ne sera sans doute pas un aussi bon spectacle que le scrutin similaire organisé en novembre 2015 par la droite.

Dès le premier débat télévisé ce jeudi soir sur TF1, l’affrontement des sept candidats devant les caméras s’est révélé être ce que beaucoup craignaient: une joute de personnalités lancées dans une surenchère de propositions sociales, et un devoir d’inventaire, amer, du quinquennat de François Hollande. Avec, au-delà, l’inconnue liée aux deux autres candidatures à la présidentielle issue de la gauche: celle de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron, grands perturbateurs de ce scrutin, pour lequel la mobilisation est l’autre grand enjeu. Rappelons que la primaire de droite, en novembre, a réuni plus de quatre millions d’électeurs.

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Que retenir de ce long débat?

Qu’en retenir? Deux choses pour l’essentiel. D’abord le courage et la ténacité de Manuel Valls, bien seul à assumer le bilan de la présidence sortante. Ensuite, l’absence d’une surprise de taille. Les principaux adversaires de l’ancien premier ministre, Benoît Hamon, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, ont chacun joué leur partition, sans que l’un d’entre eux parvienne, pour l’heure, à dominer le débat et à imposer ses vues.

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Comme l’on pouvait s’y attendre, le choix posé aux électeurs par cette primaire à deux tours apparaît clair. Soit se placer, avec réserve, dans la continuité du quinquennat Hollande, ce que propose Manuel Valls avec courage. Soit incarner une rupture à gauche en misant sur le grand retour du nationalisme économique comme Arnaud Montebourg, ou en soutenant l’audacieux projet de revenu universel d’existence comme Benoît Hamon.

«Le Temps» propose son analyse de ces différents candidats durant le débat, lesquels se retrouveront encore deux fois sur un plateau télévisé, les 15 et 19 janvier. Avant le premier tour de scrutin, dimanche 22 janvier.


■ Manuel Valls: L’homme du bilan

L’ancien premier ministre de François Hollande (2014-2016) a joué la partition prévue. Manuel Valls a assumé le bilan présidentiel, y compris la très controversée loi El Khomri qui a entamé un début de réforme du code du travail, en vue d’une plus grande flexibilité. Sans surprise, le chef du gouvernement sortant a parfois repris des thèmes et des accents chers à… Nicolas Sarkozy, grand perdant de la primaire de la droite. Manuel Valls a mis en avant son expérience gouvernementale et son attachement à l’autorité de l’Etat. Il a réaffirmé son attachement fort à la laïcité.

Puis il s’est distingué des autres candidats en prenant ses distances avec l’idée de revenu universel d’existence, préférant l’option plus réaliste d’un regroupement des aides sociales, et répétant son soutien aux entreprises. Le point le plus important est toutefois ailleurs: Manuel Valls a évité le piège de l’autoritarisme. Il a plusieurs fois souri, a évité de se crisper, cherchant surtout à se montrer à la hauteur des enjeux et concluant avec un «je veux gagner pour une France juste». Un bon début sur un terrain miné.


■ Arnaud Montebourg: Le combattant souverainiste

Il a manqué à Arnaud Montebourg la phrase qui fait mouche, et qui lui permet de ravir la vedette à ses adversaires. De faire la différence, en somme. L’ancien ministre de l’économie, avocat talentueux, a surtout déroulé son programme et calé son personnage de défenseur du «Made in France» et des classes populaires. Il a aussi confirmé qu’il était sans doute, parmi tous, le plus sévère envers le bilan de François Hollande. Et à chaque fois, ses attaques ont visé l’Europe communautaire et ses contraintes libérales.

Au fond, il lui a manqué une adversité. Avec Manuel Valls, Arnaud Montebourg, fort des 17% de voix recueillis à la primaire de 2011, avait le plus à perdre avant ce premier débat. Cela est toujours vrai après ce premier passage devant les caméras. Sa difficulté est paradoxalement d’être parti dans la course le premier, dès le mois d’août. Son discours risque d’apparaître trop rodé pour étonner et séduire un large public. Révolte, colère… avec ses mots utilisés dans sa conclusion, Montebourg a définitivement besoin de confrontation pour exister.


■ Benoît Hamon: L’utopiste triste

On s’attendait à une surprise. Discret, mais travailleur et résolu à mettre à l’agenda de la gauche de nouveaux sujets de société, comme le revenu universel, le député des Yvelines a confirmé son objectif: sortir du schéma droite-gauche habituel pour positionner son camp politique sur les sujets d’avenir et regarder résolument du côté des jeunes électeurs. Son argument principal sur la révolution en cours du travail à cause du numérique a été bien formulé. Il y a là une piste, une envie, des brèches ouvertes comme la possibilité d’un référendum citoyen inspiré du modèle suisse. Mais a-t-il convaincu? Pas sûr.

Il n’a pas domestiqué la caméra. On l’a vu à plusieurs reprises dubitatif en direct. Il lui a manqué cette décontraction du vétéran politique. Benoît Hamon devra passer à la vitesse supérieure s’il veut mettre ses rivaux dans les cordes télévisuelles. Sa conclusion sur la nécessité pour la gauche d’avoir un «imaginaire puissant» pour sortir des «solutions qui ne marchent plus» était bien vue. Peut mieux faire.


■ Vincent Peillon: Le professeur en socialisme

Ses anciens collègues de l’université de Neuchâtel peuvent être fiers de l’actuel député européen, entré tardivement dans la primaire. Vincent Peillon a été didactique. Il s’est positionné comme le défenseur du Parti socialiste dont il a affirmé qu’il n’était pas menacé. La force du discours de Vincent Peillon est de s’être clairement positionné comme un rempart contre les divisions. Il est apparu comme le conservateur de son camp, celui qui peut garder la maison sans la faire exploser.

Le problème est que cette primaire a un autre but: désigner un candidat pour l’Elysée. Or lorsque Vincent Peillon a dit: «Je me prépare à être président de la République», il était difficile de le croire. «Le pouvoir n’est pas un projet» a-t-il conclu en citant Léon Blum, Pierre Mendès France, François Mitterrand et Lionel Jospin. La pédagogie et les archives ont leurs limites.

A ce sujet: A Neuchâtel, le sillon politique de Vincent Peillon


■ Sylvia Pinel: L’amateure provinciale

Le fait d’être la seule femme parmi les sept candidats n’a pas permis à la responsable du parti radical de gauche de convaincre. Elle s’est montrée souvent hésitante, défendant parfois avec maladresse le quinquennat écoulé. Rien à retenir.


■ François de Rugy: Le pragmatique

L’ancien député Vert a, sur presque tous les dossiers, défendu le bilan de François Hollande. Il sera à l’évidence le seul allié de Manuel Valls. Mais qui représente-t-il? Difficile à dire.


■ Jean-Luc Bennahmias: Le bonimenteur

Il n’a cessé de répéter qu’il n’est pas un «petit» candidat. Mais sa gouaille ne peut pas se substituer à un flou considérable sur son programme et à sa volonté. Par moments, l’ancien écologiste est presque apparu clownesque. Dommage que les téléspectateurs ne puissent, après chaque débat télévisé, éliminer d’office certains candidats…

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