Syrie

Un concert à Palmyre sur les lieux d’exécutions

La Russie a organisé un convoi bien protégé pour acheminer musiciens, ambassadeurs et journalistes dans la cité antique où les djihadistes de Daech ont été chassés

Moscou s’est efforcé d’asseoir son autorité morale dans le dossier syrien en organisant jeudi à Palmyre un concert interprété par des célébrités et en présence d’ambassadeurs de l’Unesco, sur fond de bombardements de civils par son allié Damas. Valéri Guerguiev a dirigé des œuvres de Prokoviev, Bach et Chtchedrine avec l’orchestre du Marinsky (privé de ses interprètes féminins) dans le magnifique amphithéâtre antique de Palmyre. Celui-là même utilisé par l’Etat Islamique pour une mise en scène macabre durant laquelle 25 personnes ont été exécutées.

Vladimir Poutine a prononcé un discours juste avant le concert, projeté sur un grand écran tendu derrière l’orchestre. Le président a exprimé sa «gratitude pour tous ceux qui combattent le terrorisme, même au péril de leur vie» et a invité le monde entier à unir ses forces derrière la Syrie, afin de restaurer le site historique de Palmyre. Prenant la parole, Valéri Guerguiev, connu pour son soutien inconditionnel au président russe, a exprimé sa gratitude envers l’armée russe. Un soldat russe a perdu la vie durant les opérations visant à libérer Palmyre de Daech.

Sergueï Roldougine, ami de jeunesse de Vladimir Poutine, a fait une apparition surprenante en interprétant au violoncelle une œuvre du compositeur russe Rodion Chtchedrine. Il a été révélé au grand public le mois dernier, quand les Panama Papers ont affirmé que ce modeste musicien possédait un compte crédité de 2 milliards de dollars.

Une délégation de journalistes, strictement encadrée par des militaires russes, a pu assister au concert et visiter un camp militaire collé au site historique. Dressée en avril, cette impressionnante base russe comprend un système de défense anti-missiles, des pièces d’artillerie et une quinzaine de véhicules de transport de troupes blindés. Très visible, la présence militaire russe tranche avec celle de l’armée syrienne, qui se limite à une police militaire et à de très jeunes fantassins formés au déminage par des spécialistes russes. Durant l’après-midi, des dizaines de coups de canons ont retenti, apparemment tirés depuis le camp russe vers les positions de l’Etat Islamique. Des combats se poursuivent à une distance comprise entre 15 et 30 km de la ville de Palmyre, selon des sources militaires russes et syriennes.

Le site historique a perdu son célèbre arc de triomphe et le temple de Baal, dynamités par Daech. Mais la grande majorité des structures antiques restent debout. Une poignée d’ambassadeurs de l’Unesco, appartenant à des pays proches de Moscou (Syrie, Pérou, Zimbabwe, Serbie, Arménie), ont loué le rôle de la Russie et invité la communauté internationale à se mobiliser pour restaurer Palmyre. Aucun d’entre eux n’étant archéologue, ils se sont gardés d’estimer les dommages causés à ce site classé au patrimoine mondial. Pas besoin en revanche d’être expert pour observer que la ville moderne de Palmyre, aujourd’hui largement désertée par ses habitants, a été ravagée par les combats.

Malgré la contre-offensive conjointe russo-syrienne, la sécurité reste précaire dans la zone. Pour s’y rendre depuis la base russe de Lattaquié, le convoi de journalistes a été escorté sur 300 km par plusieurs blindés légers et quatre hélicoptères d’attaque se relayant pour dissuader les embuscades. D’innombrables points de contrôle tenus par des soldats gouvernementaux jalonnent l’unique route rattachant Palmyre à la zone contrôlée par Damas.

Une fois le concert terminé, les célébrités russes ont rapidement disparu dans leur autobus. Leur convoi a quitté Palmyre avant le crépuscule, pour plus de sécurité. Les militaires ont formé un convoi séparé pour les journalistes, qui a quitté la cité antique dans la nuit noire, et sans hélicoptères, rendus inefficaces par l’obscurité. Rideaux tirés et lumières éteintes dans la cabine, phares réglés au minimum d’intensité pour attirer le moins possible l’attention, le convoi a lentement parcouru la plaine désertique dans une atmosphère tendue. Une fois la nuit tombée, la menace islamiste s’étend de nouveau sur le désert cernant Palmyre.

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