Un juge sicilien discret à la tête de l’Italie

Italie Sergio Mattarella a été élu samedi président de la République

Il ne fera pas trop d’ombre au fougueux Matteo Renzi

Sergio Mattarella est devenu ­samedi le douzième président de la République italienne. La candidature proposée par le premier ministre Matteo Renzi a créé un large consensus au sein des 1009 grands électeurs en raflant près des deux tiers de leurs voix. Les parlementaires et les délégués de régions de tout bord politique sont tombés d’accord rapidement, dès le quatrième tour de scrutin.

Le nouvel élu a réservé ses premières paroles de chef d’Etat aux Italiens. «Une pensée pour les difficultés et les espoirs de nos concitoyens», a-t-il affirmé sobrement lorsque son élection lui a été communiquée officiellement. Et son premier geste, il l’a adressé à la communauté internationale, en se rendant dans l’après-midi, à la surprise générale et à bord de sa Fiat Panda, aux Fosses ardéatines à Rome, où 335 civils italiens ont été tués par les nazis en 1944. Il y a invité «l’Europe et le monde à rester unis pour combattre ceux qui veulent nous entraîner dans une nouvelle saison de terreur».

L’élection du juge constitutionnel répond aux attentes de Matteo Renzi. Il a choisi ce «gentilhomme, serviteur de l’Etat» pour resserrer les rangs autour de son Parti démocrate (PD, centre gauche) au pouvoir et pour isoler encore un peu plus Silvio Berlusconi. Le président du Conseil a ainsi trouvé en Sergio Mattarella son exact contraire.

Ce Sicilien de 73 ans, discret, réservé, avare en interventions publiques, ne fera pas d’ombre au jeune et fougueux Matteo Renzi. «A côté de lui, Mario Monti, c’est le carnaval de Rio», écrit ironiquement à son propos le quotidien La Stampa. La comparaison peut être poussée jusqu’aux traits physiques. Comme l’ancien président du Conseil, Sergio Mattarella a les cheveux blancs coiffés en arrière et des lunettes aux grands verres. La mine toujours austère et rarement défigurée par le moindre rictus accompagne ses costumes sombres.

Trente-cinq ans plus tôt, début 1980 à Palerme, la famille Mattarella est sur le point de se rendre à la messe lorsque le frère aîné, Piersanti, est criblé de balles. Ce dernier est alors président de la région Sicile. Il est victime d’un assassinat mafieux pour sa lutte contre le crime organisé. Il meurt dans les bras de son frère Sergio, professeur de droit constitutionnel. La carrière politique de ce dernier commence ce jour-là, bien décidé à poursuivre le combat de son frère.

Fils de Bernardo, figure démocrate-chrétienne, élu de la première législature de la République italienne naissante, il devient député en 1983 sous l’étiquette Démocratie chrétienne. Il est réélu six fois. Il est aussi choisi pour nettoyer en Sicile le parti de ses liens supposés avec la mafia. Sa carrière politique le mènera plusieurs fois aux postes de ministre, de vice-président du Conseil, puis de juge de la Cour constitutionnelle.

Sa carrière est marquée par son opposition à Silvio Berlusconi. En 1990, Sergio Mattarella, ministre de l’Instruction publique, démissionne du gouvernement Andreotti. Le président du Conseil pose la question de confiance sur une loi controversée sur l’audiovisuel, permettant le quasi-monopole du groupe Fininvest du magnat des médias.

Mais le Caïman doit aussi à Sergio Mattarella son entrée fracassante en politique quatre ans plus tard, grâce au «Mattarellum», la réforme de la loi électorale portant le nom de son créateur. Trois quarts des parlementaires sont élus au système majoritaire, le reste à la proportionnelle. Le fiasco électoral de la formation de Sergio Mattarella, le Parti populaire issu de la Démocratie chrétienne qui s’oppose à Silvio Berlusconi, résulte du scandale Mains propres, une série d’enquêtes ayant pu mettre au jour un vaste système de corruption touchant tous les partis italiens au début des années 1990.

Encouragé dimanche par ses prédécesseurs Carlo Azeglio Ciampi et Giorgio Napolitano, l’un des rares rescapés de la première République et l’homme qui a su résister aussi bien à la mafia qu’à l’affairisme est devenu le nouvel arbitre de l’Italie, garant de la Constitution.

Son frère Piersanti, criblé de balles par la mafia à Palerme en 1980, meurt dans ses bras