Quinze jours dans une boîte de métal de trois mètres sur douze et au bout la mort. Telle est l'horrible histoire, détaillée par un reporter du New York Times, de trois Chinois rêvant d'Amérique. Avec quinze autres personnes, qui elles ont survécu jusqu'à Seattle où les autorités américaines les ont découvertes lundi dernier, ces trois malheureux candidats à l'immigration clandestine ont été parqués dans un conteneur dès Hongkong. Leurs passeurs ont ensuite embarqué la boîte de métal qui sert habituellement au transport de machines ou de marchandises dans le port de la Région administrative spéciale à bord du Cape May, un cargo appartenant à la compagnie japonaise NYK Line. L'équipage et l'armateur ignoraient apparemment tout de la manœuvre.

Ballottés sur le Pacifique durant deux semaines, 18 Chinois ont souffert de la promiscuité, du froid, de la faim, de la soif. Ceux qui ont survécu sont arrivés à Seattle, après avoir assisté à la mort de leurs camarades, dans un état physique délabré. Dès qu'ils iront mieux, les autorités américaines prévoient de les renvoyer en Chine.

L'odyssée mortelle a sans doute débuté dans la province du Fujian, sur la côte sud-est de la Chine continentale. Une région parmi les plus peuplées du pays. Selon le quotidien Hong Kong Standard, des organisations de passeurs font ouvertement, dans certaines localités, de la publicité pour des voyages «sûrs» vers les Etats-Unis, moyennant des sommes qui vont de 100 000 à 300 000 yuans (de 19 000 à 57 000 francs). Les officiels chinois du continent rappellent que le Fujian est depuis des années une terre d'où l'on émigre massivement. Le quotidien hongkongais, citant l'agence China News Services, estime qu'en 1999 plus de 4000 immigrants illégaux ont été rapatriés vers le Fujian.

Campagnes d'information

Les Etats-Unis étudient déjà la possibilité de mener des campagnes d'information en Chine continentale sur les dangers de l'immigration clandestine. Le Canada compte également envoyer sa ministre de l'Immigration en visite officielle en Chine. Elle aussi aura pour mission d'informer sur les dangers qui guettent ceux que tente l'aventure. Le Canada, réputé plus laxiste que son voisin américain en matière d'immigration, a vu quelque 600 personnes débarquer sur sa côte ouest à bord de vieux rafiots l'été dernier. A Vancouver, le 4 janvier, deux conteneurs renfermant 25 personnes, chargés sur le California Jupiter en provenance de Hongkong, ont été découverts.

Comment les Chinois du Fujian arrivent-ils à Hongkong? Quand sont-ils enfermés dans le conteneur? Pour le Keizo Chihara, l'un des responsables de la NYK Line dans le port de Chine du Sud, cité par le South China Morning Post, les clandestins du Cape May ont peut-être été cachés dans le conteneur avant même que celui-ci n'entre dans la Région administrative spéciale. Ou bien, ils auraient quitté chacun pour soi la Chine continentale avant de venir à Hongkong pour s'embarquer dans la boîte de métal. Dans tous les cas, les autorités chinoises doivent améliorer les contrôles, que ce soit à la frontière ou dans le port, estime M. Chihara.

Dans le «port parfumé», les agences gouvernementales, les principales compagnies de fret maritime et les opérateurs de conteneurs ont tenu un conseil de guerre après l'annonce de la mort des trois clandestins du Cape May: «Nous avons commencé à mettre en œuvre de nouvelles mesures afin de mener des recherches systématiques dans tous les conteneurs», a déclaré un responsable des douanes. La tâche ne va pas être aisée puisque sept millions de conteneurs sont exportés chaque année depuis Hongkong.

Quand au gouvernement de Pékin, il a exhorté jeudi les pays qui font rêver des Chinois laissés sur le carreau par les réformes économiques, à se montrer impitoyables: «Certains clandestins inventent des excuses et disent même des mensonges afin de se porter candidats à l'asile politique, a déclaré Zhu Banzao, porte-parole du Ministère des affaires étrangères. Si ces pays les acceptent […] cela provoquera une vague massive d'émigrations.»