Médias et analystes français s’interrogent mercredi sur le remaniement gouvernemental opéré par Nicolas Sarkozy, largement décrit comme une opération improvisée, à la rationalité parfois douteuse.

Ainsi, la rumeur a attribué mardi trois ministres différents à l’Agriculture: «l’écolo» Chantal Jouanno, aujourd’hui secrétaire d’Etat à l’environnement, puis Luc Chatel, ex-secrétaire d’Etat à l’Industrie devenu ministre de l’Education. C’est finalement Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, présenté ces derniers mois comme l’homme indispensable du rapprochement franco-allemand, qui a été choisi – à l’immense surprise de son équipe, qui était certaine, hier après-midi, qu’il ne bougerait pas.

Autre étrangeté: Pierre Lellouche, qui était chargé de redéfinir la politique française en Afghanistan et au Pakistan, prend la place de Bruno Le Maire. Nul doute que la présence aux Affaires européennes de cet atlantiste à la langue bien pendue va décoiffer – d’autant qu’il est favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE, farouchement combattue par Nicolas Sarkozy durant la campagne des élections européennes!

Le cas de Rama Yade n’est pas moins surprenant: la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, qui disait en février sa «fierté» de défendre cette «marque de fabrique de la France», est mutée aux Sports. Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères qui avait jugé son poste «inutile», obtient ainsi gain de cause.

Reste que le remaniement n’est pas un pur exercice de communication, mais obéit à des nécessités concrètes. Celle de remplacer les partants Rachida Dati et Michel Barnier, devenus députés européens. De faire des prises politiques, comme Frédéric Mitterrand ou Michel Mercier, ancien trésorier de François Bayrou, qui devient préposé à «l’espace rural» et à l’aménagement du territoire. D’écarter des enquiquineuses comme Christine Albanel ou Christine Boutin, ou des compagnons de route compromis, comme Bernard Laporte, plombé par sa réputation d’affairiste, ou André Santini, menacé par une enquête sur des malversations dans sa commune d’Issy-les-Moulineaux. D’évincer, enfin, des fidèles «grillés» à la tâche comme Yves Jégo (Outre-Mer) et Roger Karoutchi (relations avec le parlement).

Le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos a eu plus de chance: après deux années rendues épuisantes par la contestation des syndicats et des étudiants, il devrait trouver une ambiance un peu plus calme au Travail, et préserver ainsi ses chances de promotion pour l’avenir.