A genoux sur la moquette, devant un canapé jaune canari, l'homme d'une cinquantaine d'années mime un chat. S'étirant et miaulant, il fait semblant de lécher du lait dans les mains de sa partenaire, qui vient lui tapoter la tête et lui «essuyer» les moustaches.

La scène se déroule en Grande-Bretagne, pendant de l'émission de télévision-réalité «Big Brother». Comme chaque année, une version composée de «célébrités» a lieu. Mais l'homme à la moustache blanche garnie et à la calvitie très avancée n'est pas un vieux chanteur oublié de tous: il s'agit de George Galloway, l'un des députés les plus controversés de Grande-Bretagne.

Officiellement, l'élu voulait profiter de cette occasion pour atteindre les millions de personnes qui ne s'intéressent pas à la politique. Mais sa participation à l'émission a provoqué une forte polémique, d'autant qu'il est payé pour son apparition, une somme qui est gardée confidentielle. Toute la classe politique a unanimement condamné le député. Denis MacShane, l'ancien ministre européen de Tony Blair, s'est fendu d'un billet dans la presse, le ridiculisant. «Il est devenu le centre de l'amusement. Quel gâchis!»

Tout ceci prêterait à rire si George Galloway n'était pas un personnage à l'odeur sulfureuse. Il a rencontré Saddam Hussein à deux reprises et il est soupçonné par les Etats-Unis d'avoir détourné de l'argent du programme «Pétrole contre nourriture». Il a même été convoqué l'automne dernier au Sénat américain pour répondre à ces accusations. Sa défense, très combative, consistait à affirmer que les sénateurs l'utilisaient comme «un rideau de fumée» pour faire oublier les raisons de la guerre en Irak.

Mais son passé a rattrapé une nouvelle fois gorgeous George pendant qu'il était dans la maison de «Big Brother». Le département des fraudes fiscales a décidé de rouvrir son dossier, concernant l'argent qu'il aurait touché du régime de Saddam Hussein, suite à une enquête des Nations unis concernant le programme «Pétrole contre nourriture». De plus, sir Philip Mawer, le commissaire en charge du code de conduite des parlementaires, a annoncé qu'il allait enquêter pour savoir si George Galloway a enfreint les règles de la Chambre des communes en omettant de déclarer de l'argent qu'il aurait reçu du gouvernement irakien.

Enfin, le tabloïd The Sun a déniché une vidéo datant de 1999, où le député rencontre Ouday Hussein, le fils de l'ex-dictateur, réputé pour sa cruauté et son goût de la torture. Les deux hommes y sont filmés plaisantant, discutant cigares et perte de cheveux.

Seule note positive pour George Galloway, il vient de remporter une victoire judiciaire. La Cour d'appel a confirmé mercredi la condamnation en diffamation du Daily Telegraph, qui l'avait accusé d'avoir touché de l'argent de Saddam Hussein.

Mercredi soir, après trois semaines dans la maison de «Big Brother», le député a été éliminé par les téléspectateurs. En découvrant la furie de titres de presse qu'il avait provoquée pendant son passage dans l'émission de télévision-réalité, George Galloway s'est contenté d'un très british: «Oh dear!»