Un désaveu cinglant pour l’Union européenne

La première réaction à l’annonce de la victoire du non de l’Union européenne (UE) a été l’annonce d’un sommet de crise entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, ce lundi à l’Elysée.

Alors que les résultats du référendum n’étaient que partiels, à Paris comme à Berlin, les chancelleries déclaraient que cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la coopération entre la France et l’Allemagne.

Bien sûr, les deux grands évalueront tout de même les conséquences du référendum grec. Angela Merkel, plus que François Hollande, s’était rangée dans le camp du oui, mettant en garde les Grecs contre un non à la zone euro. Elle était allée plus loin en disant que celle-ci était désormais assez préparée pour gérer le «Grexit», c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro.

Deuxième réaction européenne: une réunion d’urgence de l’Euroworking Group se tiendra ce lundi à Bruxelles. Cette instance prépare toutes les réunions de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro). L’annonce de cette réunion a été faite dès les premiers résultats. «Nous ne parlons plus au gouvernement grec; il a choisi une route très risquée, avait déclaré vendredi Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe. Pour sortir la Grèce du marasme, des décisions difficiles devront être prises. Des politiciens prétendant que cela ne sera pas le cas après le non trompent leur peuple.» Le ministre des Finances néerlandais avait également fait comprendre qu’il lui sera plus facile de négocier un nouveau programme pour la Grèce avec de nouveaux interlocuteurs. Une réunion d’urgence de l’Eurogroupe devrait avoir lieu cette semaine.

Le silence de Jean-Claude Juncker n’est pas passé inaperçu en début de soirée. Le président de la Commission européenne était le premier à Bruxelles à se jeter dans l’arène politique grecque lundi dernier. Il avait alors ouvertement demandé aux citoyens de désavouer le gouvernement en place à Athènes. Pour lui, comme pour d’autres dirigeants européens, un non serait synonyme de «Grexit». Jean-Claude Juncker avait aussi fait comprendre qu’Alexis Tsipras et les membres de son gouvernement n’étaient plus des interlocuteurs crédibles pour poursuivre des négociations.

«Les Européens doivent recommencer à chercher un accord, pour sortir du «labyrinthe grec», a réagi dimanche soir le ministre italien des Affaires étrangères, ­Paolo Gentiloni, dans un tweet. «Désormais il est juste de recommencer à chercher un accord. Mais du labyrinthe grec, on ne sort pas avec une Europe faible et sans croissance.» Plus tôt dans la journée, le premier ministre italien, Matteo Renzi, avait demandé à l’Eurogroupe de reprendre les négociations avec Athènes.

Parti pris de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) avait également un parti pris contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Elle l’avait manifesté notamment en fermant un robinet de crédit dès février dernier, tout en maintenant une faible ligne de crédit d’urgence ELA, destinée aux banques grecques. Dimanche dernier, alors qu’Athènes voulait à tout prix éviter une panique bancaire et avait demandé à la BCE d’augmenter le flux, le refus avait été net. Hier soir, Athènes est revenu à la charge de sorte que les banques grecques puissent reprendre leurs activités dès cette semaine. La réponse de l’institution de Francfort n’était pas encore connue dimanche soir.

Les réactions des marchés financiers sont attendues lundi matin, d’abord en Asie, puis en Europe. Mais sur le marché des changes, la monnaie européenne avait légèrement reculé face au dollar dans le sillage du non grec.