La Libye assure aujourd'hui un autre événement médiatique: la remise du Prix Kadhafi des droits de l'homme. Les cinq colauréats (Evo Morales, syndicaliste et parlementaire bolivien, Joseph Ki-Zerbo, historien burkinabé, Suha Bechara, combattante anti-israélienne au Liban-Sud, le Centre Europe-tiers monde de Genève et le Mouvement du 12 décembre, qui milite pour les droits des Noirs américains) recevront à Tripoli 250 000 dollars en présence du guide de la Révolution. Dans le passé, certains lauréats se seraient plaints d'avoir participé à de fastueuses cérémonies de remise des prix. Les chèques en dinars, qui n'étaient de toute façon pas convertibles, retournaient en fin de compte dans la poche des organisateurs. Mais ça, c'est une autre histoire…

Le Prix Kadhafi est géré à Genève par Nord-Sud 21 qui se veut une organisation de défense des droits de l'homme. Depuis 1988, un comité désigne les lauréats parmi ceux qui «résistent au conformisme idéologique et qui luttent pour la cause que l'establishment international néglige ou combat». Un de ses animateurs, le Tuniso-Suisse Chawa Bouaziz, précise: «Nous nous opposons au blocus américain contre Cuba, à l'intervention américaine en Amérique du Sud et aux embargos. Nous ne pourrons pas oublier la misère des Aborigènes australiens pendant les prochains Jeux. Notre organisation dit non à la mondialisation et à la soumission des pays du Sud à la Banque mondiale et au FMI…»

Force est de constater que Nord-Sud 21 ne veut pas évoquer l'investissement financier de Tripoli dans le centre genevois. L'organisation dispose de plusieurs périodiques et autre publications à thème mais aucun ne mentionne le nom du bailleur de fonds. «Nous bénéficions du soutien de plusieurs pays, dont la Libye», déclare Chawa Bouaziz. Par contre, il soutient que «les pays du Sud ont besoin de la Libye, qui a beaucoup d'argent».