Niger

Un double attentat fait vingt morts

Un double attentat à la voiture piégée contre une base de l’armée nigérienne et un site du groupe français Areva a fait au moins 20 morts jeudi dans le nord du Niger. Les attaques ont été revendiquées par le MUJAO, l’un des groupes islamistes chassés en janvier du nord du Mali

Il s’agit des premiers attentats du genre dans l’histoire du Niger, un pays du Sahel très pauvre engagé depuis le début de l’année au Mali, aux côtés de troupes françaises et africaines, contre des mouvements jihadistes.

«Grâce à Allah, nous avons effectué deux opérations contre les ennemis de l’islam au Niger», a déclaré le porte-parole du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), Abu Walid Sahraoui. «Nous avons attaqué la France, et le Niger pour sa coopération avec la France dans la guerre contre la charia» (loi islamique), a-t-il lancé.

Le groupe armé, également accusé de trafic de drogue, a déjà commis plusieurs attentats suicide dans le nord du Mali depuis la reprise de cette région par les troupes françaises et africaines, mais c’est la première fois qu’il revendique de tels attentats en dehors du territoire malien.

Camp militaire visé à Agadez

Le premier attentat à la voiture piégée jeudi a visé un camp militaire d’Agadez, la grande ville du nord désertique du Niger, vers 05h00 (06h00 suisses). «Nous avons 19 morts, 18 militaires et un civil», a déclaré le ministre de l’Intérieur Abdou Labo. «Quatre kamikazes sont morts dans l’explosion», a-t-il poursuivi, faisant aussi état de «treize blessés, dont six graves» dans les rangs de l’armée.

«Un cinquième kamikaze s’est enfermé dans un local avec des otages élèves officiers», a-t-il ajouté. Selon lui, «les dispositions sont prises pour arrêter le kamikaze et libérer» les officiers en formation. Les assaillants étaient des «peaux rouges», a affirmé le ministre de la Défense Mahamadou Karidjo, en allusion à des membres des communautés touareg ou arabe.

«L’explosion a eu lieu à l’intérieur même du camp et a fait »beaucoup de dégâts«, a rapporté un journaliste local. Il a décrit »des bâtiments détruits, des corps déchiquetés de kamikazes sur le sol.»

Site d’Areva à Arlit attaqué

Environ une demi-heure après le premier attentat, un autre véhicule a explosé sur un site du groupe nucléaire français Areva à Arlit (240 km au nord d’Agadez), a indiqué un employé de la Somaïr, une filiale d’Areva exploitant l’uranium dans la zone.

«Un homme en treillis militaire conduisant un véhicule 4x4 bourré d’explosifs s’est confondu avec les travailleurs de la Somaïr et a pu faire exploser sa charge devant la centrale électrique de l’usine de traitement d’uranium située à 7 km d’Arlit», a-t-il affirmé. «Des responsables de la société nous ont indiqué que le kamikaze est mort dans l’explosion», a-t-il poursuivi sous couvert d’anonymat.

«Nous déplorons malheureusement cinquante blessés», «un civil» et «49» agents des forces de défense et de sécurité, a détaillé le ministre nigérien de l’Intérieur. Areva a de son côté fait état d’un mort et de 14 blessés parmi ses travailleurs nigériens.

Le président français François Hollande a déclaré que Paris appuierait «tous les efforts des Nigériens pour faire cesser la prise d’otages» en cours à Agadez et «anéantir» le groupe qui a porté les attaques contre le camp militaire et le site d’Areva. «Il ne s’agit pas d’intervenir au Niger, comme nous l’avons fait au Mali, mais nous aurons la même volonté de coopérer pour lutter contre le terrorisme», a-t-il déclaré.

Le chef de l’Etat français a aussi souligné la nécessité de renforcer la sécurité sur le site. Areva a d’ailleurs immédiatement annoncé un renforcement de la sécurité sur ses différents sites, assuré par les forces nigériennes.

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