Pékin s’est finalement engagé à rendre le drone américain saisi la semaine passé en mer de Chine du sud. Mais l’affaire n’est pour autant pas close. «La Chine [a voulu] envoyer un signal. Si vous nous espionnez sous l’eau et menacez notre sécurité nationale, nous prendrons les mesures qui s’imposent. […] Nous avons modestement réagi aux humiliations de ces dernières années. Je crois que cette période est finie», décryptait dimanche dans le South China Morning Post le responsable d’un institut proche de Pékin.

Jeudi passé, a indiqué l’armée américaine, un navire chinois a mis la main sur une de ses sondes, communément utilisée pour recueillir des informations utiles aux sous-marins. L’opération, menée dans les eaux internationales à près de 50 milles marins des Philippines, a été conduite de manière «professionnelle et responsable», selon Pékin, qui voulait éviter que ce drone sous-marin ne menace la «sécurité de la navigation».

Premier accrochage depuis juillet

Pour le Pentagone, la saisie fut bien illégale, et la restitution s’impose. Un accord trouvé ce week-end entre Pékin et Washington permettra la restitution du drone, mais à une date encore inconnue. Le temps probablement que les experts chinois récupèrent les données collectées par l’engin.

Il s’agit du premier accrochage entre les deux superpuissances dans la région depuis un arbitrage inédit rendu en juillet dernier par la cour internationale d’arbitrage de La Haye. Pékin y avait perdu contre les Philippines dans un des différends territoriaux concernant actuellement la mer de Chine méridionale, qui s’étend du sud de la Chine à la Malaisie. Le régime communiste avait refusé de participer à l’arbitrage et en a rejeté la sentence. Il revendique le contrôle de 80% de cet espace majeur pour le trafic commercial. La marine américaine y envoie régulièrement ses navires afin d’assurer le respect de la liberté de navigation; des manœuvres considérées par le gouvernement de Pékin comme une ingérence dans sa zone d’influence.

Militarisation chinoise

Malgré sa promesse de ne pas militariser la mer de Chine du Sud, Pékin semble faire le contraire. La semaine dernière, un institut américain a annoncé que l’armée chinoise y avait «considérablement» développé ses équipements. Ses photos montreraient plusieurs systèmes de défense antiaériens déployés sur des îlots de l’archipel des Spratleys. «Si c’est vrai, c’est un grand souci pour nous et la communauté internationale qui utilise les voies en mer de Chine du sud pour le commerce, a réagi le ministre philippin de la Défense. Cela voudrait dire que les Chinois militarisent la région, ce qui n’est pas bon.»

Manille ne devrait cependant pas réagir davantage. Ce week-end, le président Duterte s’est de nouveau emporté contre les Etats-Unis et a déclaré qu’il allait «mettre de côté» l’arbitrage rendu en juillet. Il ne souhaite pas gêner Pékin dans ce dossier. Depuis sa rencontre avec le président Xi Jinping en octobre, les navires de pêche philippins ne sont plus bloqués par les garde-côtes chinois et peuvent de nouveau naviguer près des Scarborough. Ce récif était au cœur de l’arbitrage, lancé par le prédécesseur de Rodrigo Duterte.

Une stratégie digne du jeu de go

La Chine déploie dans la région une stratégie digne du jeu de go. En quelques années, elle a discrètement renforcé de frêles îlots inhabités et bâti des installations sur des hauts-fonds. Puis elle les a équipés pour que des avions puissent s’y poser, et, enfin, elle est passée à leur militarisation. Il paraît aujourd’hui difficile de renverser cette position. La mollesse de l’administration Obama expliquerait cette situation, selon le camp de Donald Trump.

L’incident du drone sous-marin peut être lu comme un avertissement directement adressé au président élu. Ce dernier a promis de s’attaquer à la Chine dès qu’il s’installera à la Maison-Blanche fin janvier. Il l’accuse de voler des emplois aux Etats-Unis, grâce à des accords commerciaux trop avantageux, et de manipuler sa devise.

Remise en question du principe de la «Chine unique»

La confrontation s’annonce aussi politique. Il y a dix jours, après un échange téléphonique avec la présidente de Taïwan, Donald Trump a déclaré qu’il pourrait remettre en question le principe d’une «Chine unique». Ce principe, que Pékin considère comme un préalable à toute relation diplomatique, établit que Taiwan fait partie de la Chine. Dans un éditorial diffusé la semaine passée, le Quotidien du peuple, un porte-voix du régime communiste, écrivait que «si Trump continue à secouer le bateau, la Chine pourrait se sentir obligée de s’engager sur la voie de la confrontation alors qu’elle préférerait celle de la coopération».

Pékin tente encore de cerner Donald Trump et sa politique, pour savoir quelles sont réellement ses intentions. L’incident du drone n’aura pas forcément apporté un éclairage définitif. Samedi encore, le président élu a lâché sur Twitter: «Nous devrions dire à la Chine que nous ne voulons pas du drone qu’ils nous ont volé. Qu’ils le gardent!»