Un drone russe, dernière prise de guerre ukrainienne

Au QG de la 5e brigade du bataillon Dnipro-1, l’un des 40 bataillons de volontaires engagés dans la lutte contre les séparatistes, «Alpiniste», le nom de guerre du chef, raconte la scène: «L’appareil fait dix mètres d’envergure. Il ne volait pas très haut du côté de Pisky. C’est un de nos gars qui l’a abattu avec sa kalachnikov. Il paraît que cela coûte 6 millions de dollars.»

L’appareil en question est un drone israélien de type Forpost construit sous licence par l’armée russe dans une usine de l’Oural. Mi-mai, l’armée ukrainienne a récupéré les débris de l’exemplaire foudroyé en plein vol par les gars d’Alpiniste. Une preuve supplémentaire, explique Kiev, de l’implication de l’armée russe dans le conflit du Donbass. «C’est un engin sophistiqué, équipé d’une caméra thermique et d’un système de radiolocalisation, explique Sergueï Galouchko, chef adjoint de l’état-major de l’«opération antiterroriste» menée par l’armée ukrainienne. On ne sait pas qui le pilotait. Il faut deux ou trois jours de formation pour y parvenir.»

Israël a signé un contrat pour 400 millions de dollars en 2010 avec l’entreprise d’armement russe OPK Oboronprom pour la vente de drones espions assemblés en Russie. «Ces drones sont lancés par des militaires professionnels et non pas par une milice», témoigne sur le site de presse Euromaïdan, Nathan Hazin, un spécialiste de la reconnaissance aérienne formé par l’armée israélienne qui a rejoint les rangs ukrainiens. «Ils ont été vendus à la Fédération de Russie et certainement pas aux séparatistes de la «République populaire de Donetsk».

Shmel et tankiste bouriate

Depuis le début de la guerre dans l’est de l’Ukraine, Moscou nie toute implication de son armée. S’il y a des Russes, ce seraient des volontaires. Et les soldats de l’armée régulière russe arrêtés par les forces ukrainiennes tiennent tous le même discours: «Nous nous sommes égarés lors d’exercices à la frontière.»

Les témoignages ne manquent pourtant pas sur l’implication directe de ces troupes qui agissent sans signe de reconnaissance. Les tankistes bouriates – du nom d’une république de la fédération russe voisine de la Mongolie – avaient frappé les esprits l’été dernier. Fin mai, la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) chargée du contrôle du cessez-le-feu signalait des véhicules militaires portant des plaques russes ainsi que des combattants portant des uniformes de l’armée russe.

Face au déni de Vladimir Poutine, comme ce fut le cas dans un premier temps lors de la prise de contrôle de la Crimée, Kiev exhibe régulièrement ses prises de guerre. Début juin, par exemple, l’armée ukrainienne présentait à la presse du matériel récupéré à Shchastia, un village aux abords de la ligne de front: des kits de nourriture et de soins de premiers secours de l’armée russe ainsi que des lance-roquettes Shmel. «Ce type d’armes n’est utilisé que par l’armée de la Fédération de Russie», précise Sergueï Galouchko. D’origine soviétique, elles ont toutefois aussi fait partie de l’arsenal ukrainien.