Les deux finalistes de la présidentielle se sont opposés frontalement mercredi soir, François Hollande renvoyant sans cesse à son bilan Nicolas Sarkozy, qui de son côté a plusieurs fois accusé le candidat PS de mentir, en particulier lors de joutes sur la dette publique.

A quatre jours du vote décisif de dimanche, les deux hommes se montraient très pugnaces après plus d’une heure et demie d’un débat tendu, parfois technique, qui devait durer au total un peu plus de 2H30.

Premier, par tirage au sort, à s’exprimer, le candidat socialiste a d’emblée assuré que, s’il était élu, il serait «le président de la justice», du «redressement» et du «rassemblement», attaquant en creux Nicolas Sarkozy.

«Si vous avez le sentiment que pendant cinq ans, vous avez rassemblé tous les Français, vous ne les avez pas divisés, vous ne les avez pas opposés, vous n’avez pas montré celui-ci du doigt, alors je vous donnerai quitus. Mais je sais que les Français ont eu ce sentiment», a ensuite lâché François Hollande.

Face à lui, Nicolas Sarkozy a constamment interpellé son rival par son nom -»M. Hollande», là où le député de Corrèze s’abstenait quasiment toujours de l’appeler par son patronyme.

Le candidat de l’UMP a accusé son rival de parler de rassemblement sans pourtant condamner les attaques verbales à son endroit: «quand on m’a comparé à Franco, à Pétain, à Laval, pourquoi pas à Hitler, vous n’avez pas dit un mot», a lancé Nicolas Sarkozy. «Ce n’est pas vrai», a nié son rival, assenant: «Vous aurez du mal à passer pour une victime».

Reprenant un argument martelé pendant le quinquennat, le président sortant s’est félicité qu’il n’y ait pas eu «d’émeutes et de violences» pendant sa mandature, malgré les réformes et les «quatre années de crise».

Après ces propos liminaires, les deux hommes sont entrés dans le vif des questions économiques, premier thème imposé, avec chacun une stratégie: attaque du bilan, pour François Hollande, et réformisme malgré la crise pour Nicolas Sarkozy.

François Hollande, manifestement désireux de cultiver une image d’homme d’Etat capable de trancher voire d’être tranchant, a proclamé que «jamais notre déficit commercial n’avait été aussi déséquilibré».

Ironisant sur les arguments répétés par l’UMP ces derniers mois, il a ajouté: «ça n’est pas la faute de Lionel Jospin ou même de François Mitterrand, c’est votre participation à la responsabilité du pays».

«Vous aviez dit 5% de chômage (à la fin du quinquennat), c’est 10% de chômage (aujourd’hui), ça n’est jamais de votre faute», a également taclé M. Hollande, avant que le débat n’aborde le thème majeur de la dette.

«Cette dette publique est née à la fois de vos largesses fiscales pour les plus favorisées et en même temps de cette incapacité qui a été la vôtre de maîtriser la dépense publique», a dit François Hollande.

«Vous avez passé la première partie de ce débat à montrer que nous avons fait des cadeaux aux plus riches», a fustigé Nicolas Sarkozy. «Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres», a-t-il asséné, accusant son rival de «laxisme» et de «folie dépensière».

Hollande accuse Sarkozy d’avoir cédé à l’Allemagne

En ce qui concerne l’Europe, le candidat socialiste veut renégocier le pacte européen de discipline budgétaire pour y ajouter un volet croissance. Il a accusé le président sortant de n’avoir «rien obtenu» de la part de la chancelière allemande Angela Merkel.

«Si vous aviez été libre à tout propos pour mener cette politique» de croissance «vous l’auriez menée, c’est Mme Merkel qui vous en a empêché, vous avez cédé là-dessus et vous avez pris une très grande responsabilité», a lancé François Hollande.

«Vous osez dire que je n’ai rien obtenu de l’Allemagne?», s’est insurgé Nicolas Sarkozy. «C’est faux», a--il ajouté, «quand la BCE prête à 1%» aux banques «en violation de la lettre des traités, je l’ai obtenu au sommet de Strasbourg (...) de l’Allemagne» le 24 novembre 2011.

«Dire que la France n’a rien obtenu de l’Allemagne c’est faux», a-t-il insisté.

A l’issue de ce sommet de Strasbourg, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et le président du Conseil italien Mario Monti avaient affirmé que «dans le respect de l’indépendance de cette institution, il fallait s’abstenir de demandes positives ou négatives» à la BCE.

Son entourage avait toutefois assuré que cet engagement à ne plus adresser de demandes à la BCE ouvrait la voie à une intervention de l’institut monétaire, qui a par la suite prêté massivement des liquidités aux banques, afin de les soutenir et de leur permettre d’acheter de la dette d’Etats de la zone euro.

«M. Hollande connaît mal l’Europe», a estimé Nicolas Sarkozy, «il ne sait pas qu’en Europe on fait pas des oukazes (...), il y a des compromis à faire».

«C’est vous qui menacez de suspendre votre participation à certaines négociations si vous n’obtenez pas satisfaction», a répondu François Hollande, au sujet notamment des accords de Schengen. «Quelle est cette logique où vous seriez pour le compromis dans certaines circonstances et puis vous seriez pour la chaise vide dans d’autres? Ca ne tient pas», a-t-il insisté.

«Schengen ne fonctionne pas. Nous rétablirons des contrôles ciblés. Les frontières ne sont pas un gros mot. Il faut les défendre», a maintenu Nicolas Sarkozy.

Hollande prêt à aller au référendum sur le droit de vote des étrangers

en matière de droit de vote des étrangers, François Hollande a affirmé mercredi qu’il était prêt à aller jusqu’au référendum sur le droit de vote des étrangers non communautaires aux municipales s’il n’obtenait pas de majorité au Parlement.

«Pour faire passer cette réforme, il nous faudra avoir une majorité des 3/5e c’est une révision de la Constitution, je soumettrai donc cette proposition au Parlement. S’il y a une majorité des 3/5e - ça voudra dire qu’une partie de la droite et du centre (...) (la voteront, ndlr) - la réforme passera. S’il n’y a pas de majorité, ce sera au peuple français de pouvoir en décider», a affirmé le candidat socialiste à la présidentielle.

Il a rappelé qu’il défendait «depuis des années» cette position, soulignant que son rival Nicolas Sarkozy «y était favorable», en l’ayant «écrit en 2001», «rappelé en 2005» et «confirmé en 2008».

«Nous ne souhaitons pas que les immigrés votent en France» a répondu Nicolas Sarkozy.

«Pourquoi laissez vous entendre que les immigrés non européens sont musulmans ?», lui a lancé François Hollande.

«La France traite mieux les musulmans en France que les chrétiens ne sont traités en Orient (...) Contester que le droit de vote concernera avant tout les communautés nord-africaines et sub-sahariennes, c’est mal connaître les flux migratoires», a répondu Nicolas Sarkozy.

François Hollande a assuré qu’il ne tolérerait pas, s’il est élu, les horaires différenciés hommes-femmes dans les piscines municipales, ni la viande halal dans les cantines municipales.

Echanges tendus et accusations de mensonge

A plusieurs reprise, le président-candidat UMP a accusé son adversaire de mentir: «Dans votre volonté de démontrer l’indémontrable, vous mentez».

«Ca y est, ça vous reprend, c’est décidément un leitmotiv qui devrait pour moi être insupportable mais qui dans votre bouche finit par être une habitude», a répliqué François Hollande.

«C’est très tendu. Le thème du mensonge, on avait pas eu ça depuis 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac», a commenté pour l’AFP le politologue Frédéric Dabi (Ifop). «Il n’y pas eu de round d’observation», a-t-il dit, «Nicolas Sarkozy prend des risques».

«De façon un peu professorale, Nicolas Sarkozy délégitime les capacités de François Hollande à endosser la fonction», selon M. Dabi.

Le chef de l’Etat a notamment essayé de mettre son rival en difficulté sur l’attitude de l’opposition à l’Assemblée: «Pourquoi avez-vous voté contre le grand emprunt? Pourquoi avez-vous voté contre la suppression de la taxe professionnelle? Vous avez voté non à tout, vous avez essayé de démolir tout».

Sous l’arbitrage de Laurence Ferrari (TF1) et David Pujadas (France 2), les deux finalistes de la course à l’Elysée devaient ensuite confronter leurs positions sur les questions de société, le style de présidence qu’ils veulent incarner puis les dossiers internationaux.