Autriche

Un écologiste pour barrer la route à l'extrême droite

Alexander Van der Bellen affronte Norbert Hofer pour la présidence de l'Autriche. Les pro-Européens retiennent leur souffle 

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Après onze mois de campagne, une première élection annulée et une confrontation idéologique d’une rare intensité entre deux candidats que tout oppose, les Autrichiens connaîtront enfin le nom de leur nouveau président dimanche soir. Il est temps, car l’«élection la plus folle de l’histoire du pays», comme l’écrit l’hebdomadaire Profil, a fini par lasser. Lors du dernier débat télévisé, jeudi soir, l’audimat a fléchi. Une mauvaise nouvelle pour celui qui s’affiche comme le dernier rempart contre l’extrême droite, Alexander Van der Bellen.

Candidat indépendant issu des rangs du parti des Verts, Alexander Van der Bellen est atypique. Cet économiste de 72 ans, qui vient de se marier pour la deuxième fois, apparaît ennuyeux, gris, hautain, professoral, mou voire fatigué. Face à son adversaire, Norbert Hofer, du Parti de la liberté (FPÖ), une formation europhobe et xénophobe en tête de tous les sondages depuis un an, le contraste est saisissant. Ce n’est pas qu’une génération qui les sépare, mais un monde.

Barbe de trois jours

Lors de leur dernière confrontation, Alexander Van der Bellen a martelé son principal argument de campagne : cette élection engage l’avenir européen de l’Autriche. Elire Norbert Hofer, c’est ouvrir la voie à un Öxit, c’est-à-dire un Brexit autrichien. A l’appui de sa démonstration, il a présenté une série d’images montrant Norbert Hofer faisant le baise-main à Marine Le Pen.

Qui est cet homme affichant sa barbe de trois jours comme un défi au propret et lisse Norbert Hofer ? Alexander Van der Bellen tient son patronyme d’une famille néerlandaise émigrée en Russie XVIIIe siècle. Chassés par les bolchéviques en 1917, ses ancêtres fuirent vers l’Estonie, puis le Reich allemand où il est né. Ses parents prirent à nouveau le chemin de l’exil lors de l’occupation soviétique, en direction de Vienne cette fois-ci. Mais c’est dans le Tyrol qu’il grandira, puis fera carrière à l’université.

Libéral et cosmopolite

Parallèlement à son parcours académique, il s’engage dans un premier temps au parti socialiste avant de rejoindre les Verts en 1992, une époque où la gauche était encore pro-nucléaire. De 1997 à 2008, il sera le porte-parole et le président du club parlementaire du parti écologiste.

Loin d’être un novice en politique, il fait pourtant figure d’outsider. Un peu à la façon d’un Bernie Sanders aux Etats-Unis, capable lui aussi d’attirer un électorat plus jeune. La comparaison a toutefois ses limites. «Bernie Sanders représente davantage la vieille gauche, estime Anton Pelinka, professeur à l’Université d’Europe centrale de Budapest. Alexander Van der Bellen vient d’un petit parti, mais il est capable de mobiliser les électeurs de centre-gauche post-matérialistes, libéraux et cosmopolites ainsi que les centristes pro-européens.»

Un Sanders autrichien?

Fils d’immigré, passionné de littérature russe, Alexander Van der Bellen est surtout un Européen convaincu. C’est cette carte, veut-il croire, qui fera la différence. Des personnalités conservatrices ont ainsi signé le week-end dernier un manifeste pour barrer la voie à Norbert Hofer au nom de l’idéal européen. «C’est un vrai démocrate, un Européen sincère, qui paraît sage et raisonné et pour qui les droits de l’homme sont importants. C’est un bourgeois modéré», juge pour sa part Tanja Wehsely, députée socialiste au Parlement de la ville de Vienne.

Pour une partie de la gauche et des Verts, Alexander Van der Bellen campe sur des positions trop libérales dans le domaine économique. Plus qu’une adhésion à sa personne – «il y a eu un mouvement à la Sanders au printemps, mais c’est fini», juge Tanja Wehsely – c’est la nécessité de barrer la route à l’extrême droite dans un réflexe républicain qui mobilisera une partie de son électorat.

L'ironie comme arme

Alexander Van der Bellen avait été élu en mai dernier avec un écart infime de 30 000 voix alors que personne ne croyait en ses chances à l’issue du premier tour. Ce succès ne fut pas une surprise pour Anton Pelinka : «Pour les jeunes et les personnes mieux éduquées, Van der Bellen n’est pas ennuyeux. Au contraire, son ironie et son humour font mouche.»

Ce premier résultat fut toutefois annulé suite à un recours du Parti de la liberté pour vice de forme de la procédure électorale validé par la justice. Entre-temps, le Brexit et l’élection de Donald Trump ont donné une nouvelle impulsion aux tenants du repli nationaliste. Alexander Van der Bellen sera-t-il en mesure de rééditer son exploit ?

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