Entourée de fleurs et accompagnée de centaines de personnes qui chantaient à sa mémoire. C’est ainsi qu’Esti Weinstein, une mère de sept enfants dont le corps avait été retrouvé dimanche sur une plage d’Ashdod, a été enterrée mardi au cimetière Hayarkon de Tel-Aviv. Mais il s’en est fallu de peu pour que la cérémonie se déroule différemment car la disparition de cette femme n’est pas ordinaire. Et elle suscite une large polémique dans l’Etat hébreu.

En effet, née dans une famille de «haredim» (craignant Dieu) liée au courant hassidique de Gour (l’une des sectes les plus sévères de l’ultra orthodoxie juive), Esti Weintein a «trahi» sa famille en devenant laïque vers 2007-2008. Elle s’est alors coupée de son milieu puisque les «haredim» considèrent comme «morts» ceux des leurs qui abandonnent leur mode de vie. Pour marquer la cassure, certains d’entre eux portent d’ailleurs le deuil et organisent un enterrement symbolique de celui ou de celle qui les a quittés.

Un manuscrit de 183 pages

En devenant laïque, Esti Weintein a coupé les liens avec ses parents mais elle s’est surtout privée de six de ses sept filles, qui ne l’ont pas suivie. Seule, Tami, l’une d’entre elles, est devenue laïque avec elle.

Même si elle s’est adaptée à la vie laïque, la disparue n’a jamais caché que le fait de ne plus voir ses filles lui pesait. Au point de la pousser à la dépression et au suicide «C’est dans cette ville que j’ai donné naissance à mes filles et c’est dans cette ville que je meurs en raison de mes filles», a-t-elle écrit sur un billet trouvé dans le véhicule où elle a mis fin à ses jours.

Avant de mourir, Esti Weinstein a achevé un manuscrit de 183 pages intitulé «Faire sa volonté». Un testament poignant décrivant la rigueur oppressante qui prévaut chez les «haredim» et dont de larges extraits sont publiés depuis deux jours par les médias israéliens.

Rencontre arrangée

La disparue raconte comment elle a été mariée à l’âge de dix-sept ans avec un jeune ultra-orthodoxe qu’elle n’avait rencontré qu’une fois et dont le seul souci était de la voir respecter les «takanot», les «principes» en vigueur chez les hassidim de Gour. Faire des enfants, s’occuper de la maison pendant qu’il étudiait les Saintes écritures, il ne lui demandait rien d’autre.

Ce n’était évidemment pas un mariage d’amour mais un «chidoukh», une rencontre arrangée par les parents. Et c’est le poids de cette vie rythmée par l’observance stricte des traditions ancestrales sous le contrôle de rabbins omniprésents qui a poussé Esti Weinstein à choisir le monde laïque.

Peu après la découverte de son corps par la police d’Ashdod, les membres de sa famille ont tenté de le récupérer afin d’organiser un enterrement conforme aux préceptes de l’ultra-orthodoxie juive. Avec des prières, des lamentations, et en présence d’un rabbin. Or, la disparue voulait que ses funérailles soient gaies, légères et rythmées par de la musique.

Requête au tribunal

Puisque les premiers ne voulaient pas céder, les amis laïcs de la disparue et sa fille Tami se sont alors mobilisés. Pendant que les plus déterminés empêchaient l’ambulance transportant le corps de quitter l’hôpital, Tami a introduit une requête urgente devant le tribunal de Tel-Aviv, qui lui a donné gain de cause.

D’un jour à l’autre, Esti Weinstein est donc devenue une sorte d’héroïne nationale pour le monde laïc d’Israël et les nombreux inconnus qui se sont déplacés mardi jusqu’au cimetière Hayarkon afin de lui rendre un dernier hommage. Quant aux membres de sa famille et à ses six filles, ils ne se sont pas montrés à cette cérémonie de «mécréants» mais ils ont organisé dans l’intimité une deuxième cérémonie plus conforme à leurs traditions.