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Vers le centre commercial où a été retrouvé l'homme et la jeune femme, 5 mars 2016.
© Dan Kitwood

Guerre froide

Un espion double russe retrouvé empoisonné en Grande-Bretagne

Sergueï Skripal, agent du renseignement russe qui a travaillé pour le Royaume-Uni, a été retrouvé dans un piteux état. L’ombre de l’affaire Litvinenko plane sur cette découverte. Le gouvernement anglais dit qu'il réagira de manière «appropriée et ferme» si un Etat est impliqué

Comme au temps de la Guerre froide, un ex-espion russe au service de Sa Majesté, arrêté en Russie puis libéré lors d’un échange d’espions en 2010, se trouvait dans un état critique après avoir été mystérieusement empoisonné en Grande-Bretagne, selon des médias.

L’homme d’une soixantaine d’années a été hospitalisé dimanche «dans un état critique» à Salisbury, à 140 km au sud-ouest de Londres, a annoncé lundi la police du Wiltshire, sans donner son identité, de même qu’une femme d’une trentaine d’années qui se trouvait avec lui. Ces personnes «sont traitées pour une exposition présumée à une substance toxique», a précisé la police.

Retrouvés sur un banc

«Les deux personnes, dont nous pensons qu’elles se connaissent, ne présentaient aucune blessure visible.» Elles ont été retrouvées inconscientes sur un banc, dans un centre commercial de Salisbury, selon la police. «Ils donnaient l’impression d’avoir pris quelque chose de fort», a raconté à la BBC Freya Church, un témoin de la scène.

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a confirmé que l’homme est Sergueï Skripal, un ex-colonel du renseignement militaire russe. Accusé d’espionnage au profit du Royaume-Uni, il avait été condamné à 13 ans de prison en Russie en 2006. Il avait été payé 100 000 dollars pour fournir au MI6, le renseignement britannique, les noms des agents russes présents en Europe, selon la BBC.

Avec trois autres agents russes, il avait fait l’objet d’un échange en 2010 contre dix agents du Kremlin expulsés par Washington, dont Anna Chapman, une jeune femme d’affaires russe surnommée la «nouvelle Mata Hari» à New York. Cet échange, au terme duquel il s’était réfugié en Angleterre, était le plus important depuis la fin de la Guerre froide.

Boris Johnson a ajouté que Londres réagira de manière «appropriée et ferme» si un Etat est impliqué.

A Salisbury: d’abord, protéger la population

Dans l’immédiat, les autorités tentaient de trouver l’origine d’un éventuel empoisonnement et s’il y avait un risque sanitaire pour le public. L’hôpital de Salisbury a conseillé lundi au public de ne pas se rendre aux urgences de l’établissement «sauf cas d’urgence absolue».

Un porte-parole des autorités sanitaires s’est toutefois voulu rassurant, affirmant qu’il n’y «avait apparemment pas de risque immédiat pour la santé du public». «Dans des situations comme celles-ci, nos experts scientifiques et les médecins collaborent» avec les services spécialisés pour, si besoin, informer la population, a-t-elle ajouté.

Mais la police du Wiltshire a ensuite conseillé au public d’appeler les services d’urgence «si votre état de santé ou celui de quelqu’un d’autre se détériore rapidement».

Lire aussi: Vladimir Kara-Murza, une dissidence russe empoisonnée


Des réminiscences de l’affaire Litvinenko

Cette découverte à Salisbury fait ressurgir le souvenir de l’affaire Litvinenko, du nom d’un ex-agent du FSB (services secrets russes) et opposant à Vladimir Poutine, empoisonné en 2006 à Londres au polonium 210, une substance radioactive extrêmement toxique. Il était décédé après une hospitalisation de quelques jours.

En 2006: Empoisonné avec un produit radioactif!

«Cela ressemble à ce qui est arrivé à mon mari, mais nous devons attendre plus d’informations», a dit la veuve d’Alexandre Litvinenko au Daily Telegraph. Pour elle, si l’empoisonnement russe est prouvé, cela montrera que «rien n’a changé depuis la mort» de son mari.

Alexandre Litvinenko avait été empoisonné en 2006 après avoir fui la Russie pour Londres avec sa famille en octobre 2000. Il y avait rejoint le milliardaire Boris Berezovski, farouche ennemi de Vladimir Poutine, lui-même décédé dans des circonstances non élucidées en mars 2013.

A ce propos: La dernière mort de l’oligarque Boris Berezovski

Empoisonné en prenant un thé

Alexandre Litvinenko collaborait avec les services secrets britanniques et enquêtait sur d’éventuels liens entre le Kremlin et des réseaux mafieux. Selon les conclusions de l’enquête menée par la justice britannique après sa mort, il avait été empoisonné alors qu’il prenait un thé avec Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun, deux ressortissants russes, au Millenium Hotel, dans le centre de Londres.

Lors de la conclusion de l’enquête, en 2016: Vladimir Poutine est «probablement» à l’origine de l’assassinat d’un opposant

«Le fait que M. Litvinenko ait été empoisonné par du polonium 210 fabriqué dans un réacteur nucléaire suggère que MM. Lougovoï et Kotvoun agissaient pour le compte d’un Etat plutôt que d’une organisation criminelle», avait souligné le juge Robert Owen, chargé de l’enquête.


L’année passée: Kim Jong-nam

A propos d’empoisonnement, Kim Jong-nam, demi-frère en disgrâce du dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un, a été assassiné en plein jour le 13 février 2017 avec un agent neurotoxique à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie.

Alors qu’il attendait un avion pour Macao, il a soudain été approché par deux femmes qui lui ont projeté une substance au visage, selon des images de caméras de surveillance. Kim Jong-nam est décédé peu après lors de son transfert à l’hôpital.

Des traces de VX, un agent neurotoxique classé comme arme de destruction massive, ont été découvertes sur son visage et dans ses yeux lors d’examens médico-légaux.

La Corée du Nord, qui a toujours nié farouchement toute implication dans cet assassinat, possède du VX, selon des experts. Mais l’enquête n’a pas établi comment les deux femmes ont pu en obtenir.


En 1978: l’affaire Markov, toujours non résolue

Une autre affaire de meurtre survenue à Londres sur fond de Guerre froide, n’a, elle, jamais été résolue. Le 7 septembre 1978, l’écrivain dissident bulgare Guéorgui Markov avait été piqué par le parapluie qu’avait laissé tomber un homme, alors qu’il remontait le Waterloo Bridge.

Pris d’une forte fièvre le soir même, Guéorgui Markov était décédé quatre jours plus tard à l’hôpital sans avoir été interrogé par la police. Lors de l’autopsie, une capsule pleine d’un poison fort, la ricine, avait été découverte dans la jambe de la victime.

En 2002, Oleg Kalouguine, un ex-général du KGB, a affirmé que les Soviétiques avaient fourni l’arme du crime sur demande du dictateur bulgare Todor Jivkov. Une enquête judiciaire ouverte en Bulgarie a été classée sans suite en 2013 en raison du délai de prescription.

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