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Ex-ministre de la santé et des affaires étrangères, Tedros Adhanom n’est pas un médecin, mais a une formation pointue en santé communautaire et un master en immunologie.

ONU

Un Ethiopien mène la course pour diriger l’OMS

A 52 ans, Tedros Adhanom Ghebreyessus a le soutien de son continent pour succéder à la Chinoise Margaret Chan à la tête de l’Organisation mondiale de la santé. Mardi soir, il pourrait être le premier Africain à diriger l’agence onusienne

Une délégation impressionnante. Mercredi, au Palais des Nations, ils étaient une dizaine d’ambassadeurs africains venus promouvoir d’une seule voix la candidature de l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyessus, 52 ans, au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Quelques jours avant une Assemblée mondiale de la santé qui s’ouvre ce lundi et va durer jusqu’au 31 mai à Genève, la tension monte dans la course à la succession de Margaret Chan. La Chinoise achève ses deux mandats de cinq ans à la tête de l’agence onusienne.

Tedros est un candidat qui va bien au-delà de l’Ethiopie. C’est un candidat africain

L’Ethiopien a deux rivaux: le Britannique David Nabarro et la Pakistanaise Sania Nishtar. S’il a remporté le vote du Conseil exécutif de l’organisation en janvier pour figurer parmi les trois finalistes, le vote de mardi, qui aura lieu en trois tours si nécessaire, pourrait obéir à d’autres dynamiques. Pour la première fois, ce sont les 194 membres de l’OMS qui éliront leur nouveau patron.

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Cette année, l’Afrique le clame sans fausse modestie: c’est son tour. L’ambassadeur du Mozambique, Pedro Afonso Comissario le relève: «Tedros est un candidat qui va bien au-delà de l’Ethiopie. C’est un candidat africain.» Ambassadeur de l’Union africaine (UA), Jean-Marie Ehouzou le souligne: «Quand le panafricanisme est en marche, il faut être heureux.» Les 54 Etats membres de l’UA soutiennent le candidat éthiopien. Si l’unité africaine a parfois laissé à désirer lors d’élections passées, la course à la succession de Margaret Chan semble révéler une affirmation nouvelle du continent africain.

Formation pointue

Ex-ministre de la santé et des affaires étrangères, Tedros Adhanom n’est pas un médecin, mais a une formation pointue en santé communautaire et un master en immunologie. Au vu de sa présidence du Conseil du Fonds global contre le sida, la tuberculose et le paludisme, on lui attribue de grandes réformes. A l’époque où il était patron de la santé d’Ethiopie, la mortalité infantile, maternelle et liée au HIV a fortement baissé. Doté de peu de ressources, il a surtout fait preuve d’inventivité, créant plus de 40 000 postes de travailleurs de santé communautaire dans les villages. Des femmes avant tout. Cette initiative a permis de stabiliser la situation sanitaire de l’Ethiopie et de promouvoir la santé préventive. Le modèle a été répliqué dans une quinzaine de pays africains et même à Manhattan.

Peu de points communs avec David Nabarro

Quelles sont ses chances? Il a peu en commun avec son rival David Nabarro. Le Britannique a passé près de quarante ans dans les arcanes onusiennes. Il excelle dans les situations de crise, notamment grâce à son aptitude à bien communiquer. «C’est une boule dans un jeu de quilles», admet un diplomate occidental. A partir de 2003, il a géré avec mention le Département d’intervention sanitaire en cas de crise (HAC). Mais au sein de la task force créée par Margaret Chan pour l’épidémie d’Ebola, David Nabarro est accusé d’avoir agi en «bulldozer» sur le terrain en Afrique. Il reste un vrai homme d’action, mais qui a plus de peine à assurer le suivi des dossiers. Le soutien d’Européens divisés ne lui est pas forcément assuré, notamment en raison du Brexit.

La Pakistaniase Sania Nishtar a ses chances. Intellectuelle brillante, genre première de classe, elle manque toutefois d’une expérience de gestion. Elle a le désavantage d’être une Asiatique. Un Japonais, un Coréen et une Chinoise ont déjà eu l’honneur de diriger l’OMS.

Quant à Tedros Adhanom, il a un tout autre tempérament que Nabarro. On le dit «humble» et doté d’une grande capacité d’écoute. Quand il dirigeait la diplomatie éthiopienne, il organisait chaque semaine des «happy hours» où tout employé pouvait venir exprimer ses griefs personnellement. Il a, apparemment, le soutien de Pékin.

Première mission ardue

Le candidat d’Addis Abeba et de l’UA n’est toutefois pas exempt de reproches. Un article paru récemment dans le New York Times l’accuse d’avoir dissimulé plusieurs crises de choléra. «Une campagne de diffamation» orchestrée par le camp Nabarro, dénoncent les ambassadeurs africains. La diaspora éthiopienne de Genève promet déjà de manifester sur la place des Nations lundi contre sa candidature. Elle lui reproche aussi de n’avoir pas agi pour défendre les droits de l’homme que son gouvernement a malmenés.

«Il avait cependant une voix modératrice au sein du gouvernement», entend-on. Il a droit aux éloges de Thomas Frieden, ex-directeur des très respectés Centres pour le contrôle et la prévention des maladies d’Atlanta aux Etats-Unis. S’il est élu, sa première mission sera ardue: restaurer la crédibilité de l’organisation entamée par la mauvaise gestion de la crise Ebola.

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