«Le nouveau président de la banque centrale [MNB] sera auditionné au parlement cet après-midi: c’est György Matolcsy», a déclaré Viktor Orban dans son entretien hebdomadaire à la radio nationale MR1. La nomination de György Matolcsy à ce poste avait été largement anticipée par les analystes et les marchés financiers, qui considéraient cette décision comme un «mauvais choix». Il succède au respecté Andras Simor, qui, après six ans de mandat, ne pouvait plus être reconduit, ce qui permet à Viktor Orban de renforcer encore sa mainmise sur les rouages clés de l’Etat.

Selon deux analystes de Capital Economics à Londres, William Jackson et Neil Shearing, la nomination de György Matolcsy sera interprétée par les marchés comme «une volonté du pouvoir de prendre complètement en mains les rênes de l’institution». Le gouvernement de Viktor Orban avait déjà tenté d’empiéter sur les prérogatives de la MNB, mais l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) – avec qui Budapest souhaitait initialement négocier un prêt de 15 milliards d’euros avant de se borner maintenant à demander «un filet de sécurité» – l’avaient contraint à faire marche arrière.

Un économiste «non orthodoxe»

Connu pour sa politique économique «non orthodoxe», György Matolcsy, 57 ans, est économiste de carrière et titulaire d’un doctorat en sciences économiques. Désigné en 2012 comme le plus mauvais ministre de l’Economie de l’Union européenne par le quotidien britannique Financial Times, il aime faire et voir les choses à sa façon. Ainsi, il a récemment qualifié de «résultat sans précédent» la performance de l’économie hongroise depuis qu’il a pris les rênes du Ministère de l’économie en 2010. Or la Hongrie est en récession et a peu de chance d’en sortir en 2013, selon la majorité des analystes. «Les réponses hongroises aux défis économiques peuvent aider l’Union européenne à dynamiser le talent européen», a-t-il aussi affirmé dans un entretien à l’hebdomadaire Heti valasz.

Ce fameux «modèle» s’apparente pour les économistes à une liste de mesures ponctuelles (augmentation de taxes, nationalisation forcée de fonds de retraites privés) qui étranglent la population et effarouchent les investisseurs, sans trace de vraie réforme de fond. Les institutions monétaires internationales, telles que la Banque centrale européenne (BCE) ou le Fonds monétaire international (FMI), ou encore les agences de notation, ont sévèrement critiqué cette politique pour son manque de cohérence. Les agences de notation avaient rétrogradé la note souveraine du pays au rang spéculatif, jugeant que la politique de György Matolcsy étouffait la croissance économique au lieu de la stimuler.

Une «lutte pour la liberté»

Il considère son travail comme une «lutte pour la liberté» contre des «intérêts étrangers», représentés par exemple par le FMI, qui avait sauvé le pays de la faillite en 2008 grâce à une ligne de crédit de 20 milliards d’euros. Le ministre de l’Economie pourrait ainsi forcer la MNB à acheter des obligations d’Etat sur les marchés secondaires ou encore à puiser dans les réserves de la banque centrale pour diminuer le déficit public. György Matolcsy avait cependant fait une intervention jeudi après-midi qui pourrait calmer les marchés: en répondant à une question d’un député au parlement hongrois sur la banque centrale, il avait souligné que l’objectif primordial était «d’atteindre et de préserver la stabilité des prix» et, par rapport aux réserves de devises étrangères de la MNB, il avait indiqué que c’était «l’outil de défense de l’économie hongroise, qui ne peut être utilisé ni pour diminuer la dette publique, ni pour des objectifs de croissance».

La devise nationale, le forint, a quand même commencé vendredi matin à perdre de sa valeur face à l’euro: elle s’échangeait à 295,40 forints (HUF) pour 1 euro, avant l’annonce de Viktor Orban, et a glissé à 296,30 forints peu après. Le nouveau ministre de l’Economie sera l’économiste Mihaly Varga, ministre sans portefeuille, qui était responsable des négociations avec le FMI, a aussi précisé Viktor Orban dans son entretien.