Algérie

Un front anti-quatrième mandat

Le président Abdelaziz Bouteflika a confirmé sa quatrième candidature pour le scrutin du 17 avril. Il s’est exprimé en public pour la première fois depuis vingt-deux mois

En Algérie, un front anti-quatrième mandat

Monde arabe Le président Abdelaziz Bouteflika a confirmé sa quatrième candidature pour le scrutin du 17 avril

Il s’est exprimé en public pour la première fois depuis vingt-deux mois

Ce fut d’abord le geste d’une main levée et une silhouette entraperçue à travers le pare-brise d’une Mercedes noire. Puis l’image s’est précisée. A 19 h lundi, le président Abdelaziz Bouteflika est apparu sur la chaîne de télévision nationale algérienne assis au côté de son ancien ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, au­jour­d’hui président du Conseil constitutionnel, au siège de l’institution. «Je suis venu déposer officiellement ma candidature, conformément à l’article 74 de la Constitution et à la loi électorale», a déclaré le chef de l’Etat en paraphant son dossier pour l’élection présidentielle prévue le 17 avril.

L’article cité dispose que le «président de la République est rééligible». Il avait été modifié en 2008 pour mettre fin à la limite de deux mandats présidentiels de cinq ans et permettre à l’actuel chef de l’Etat, élu depuis 1999, d’en solliciter un troisième. Cette fois, il s’agit d’un possible quatrième mandat.

Un long cortège de voitures officielles l’avait précédé, chargées de cartons contenant, dit-on, bien davantage que les 60 000 signatures de citoyens (ou celles de 600 élus) nécessaires. Selon des témoins, son frère, Saïd Bouteflika, était présent.

A la veille de la date de clôture du dépôt des candidatures, celle d’Abdelaziz Bouteflika était guettée plus qu’aucune autre. Souriant, le président algérien a croisé les mains. Pendant quelques secondes, il s’est exprimé, la voix faible mais audible. Tous signes scrutés avec attention par ses opposants qui dénient au dirigeant algérien âgé de 77 ans, victime d’un grave accident vasculaire cérébral en avril 2013 et soigné en France pendant quatre-vingts jours, les capacités à gouverner.

Depuis son discours prononcé à Sétif en mai 2012, peu avant des élections législatives, les Algériens n’avaient plus entendu le son de sa voix. C’est à travers des messages lus par ses ministres que, à plusieurs reprises ces dernières semaines, Abdelaziz Bouteflika a pris position – la dernière en date, dimanche, pour appeler les Algériens à «voter massivement» le 17 avril. Hormis quelques images d’entrevues officielles, les Algériens ne l’avaient plus vu non plus.

Pis: sa candidature à un quatrième mandat avait été annoncée le 22 février par son premier ministre, Abdelmalek Sellal, sans un mot de l’intéressé. Lundi à nouveau, il est intervenu dans le débat en citant… la chancelière allemande, Angela Merkel, élue à trois reprises. Elle pourrait «se présenter à un quatrième, voire à un cinquième mandat. Pourquoi eux sont meilleurs que nous?» s’est-il exclamé devant la presse.

Le signal de départ ayant été donné, les soutiens d’Abdelaziz Bouteflika se font de plus en plus entendre. Lundi, à l’ouverture de la cession parlementaire, le président de l’Assemblée nationale populaire d’Algérie, Larbi Ould Khelifa, s’est ouvertement prononcé tandis que des députés du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) brandissaient des portraits du président. «L’Algérie accueillera, dans quelques semaines, un autre printemps […], fidèle à celui qui l’a servie avec dévouement…», a-t-il déclaré.

Ils sont pour l’heure quatre postulants, hormis le chef de l’Etat sortant, à se présenter à l’élection: Moussa Touati, président du Front national algérien, Abdelaziz Belaïd, du Front El Moustakbal, Ali Zaghdoud, du Rassemblement ­algérien, et Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, souvent décrite comme l’Arlette Laguiller algérienne. Mardi matin, c’était au tour d’Ali Benflis, ex-proche du président et candidat battu en 2004, de déposer son dossier. Trois autres ont annoncé qu’ils se retiraient de la course, faussée, selon eux, par la présence d’Abdelaziz Bouteflika, dont nul n’imagine en Algérie qu’il puisse être battu.

Tout en produisant un document validé par un huissier de justice prouvant qu’il disposait de 85 000 signatures, l’ancien premier ministre Ahmed Benbitour a ainsi confirmé son désistement et a rejoint les rangs de ceux qui appellent au boycottage du scrutin. «Les urnes ne seront qu’un leurre et une piraterie légalement soutenue», a-t-il lancé devant la presse dimanche, en dénonçant notamment «l’usage inconsidéré des deniers publics» et le «maintien d’un gouvernement dont les membres sont notoirement connus pour leur allégeance au président».

Le général à la retraite Mohand Tahar Yala, ancien commandant des forces navales, a emprunté un chemin identique, plaidant même pour l’arrêt du processus électoral en cours.

Avant eux, un autre ancien chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, père des réformes algériennes à la fin des années 1980, avait, sans s’engager dans la compétition, appelé l’armée à faire «tomber ce régime» pour «sauver l’Algérie de l’impasse». Le front anti-quatrième mandat s’élargit. Sur les réseaux sociaux, un mouvement Barakat («ça suffit») est né, qui appelle désormais à des manifestations en Algérie, mais aussi à l’étranger. La première, organisée le 1er mars à Alger, a conduit à plusieurs dizaines d’interpellations.

Angela Merkel pourrait «se présenter à un quatrième mandat. Pourquoi eux sont meilleurs que nous?»

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