A fléau mondial, réponse mondiale. Alors que la pandémie de coronavirus a tué plus de 245 000 personnes dans 195 pays, une assemblée hétéroclite d’Etats s’est réunie virtuellement lundi pour mobiliser plusieurs milliards d’euros en faveur de la recherche sur un vaccin. Un exercice en apparence réussi puisque 7,4 milliards d’euros ont été collectés sur les 7,5 espérés.

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La Suisse, par la voix de sa présidente Simonetta Sommaruga, a été généreuse et a promis 400 millions de francs, une enveloppe qui avait toutefois déjà été prévue. Car, pour beaucoup d’intervenants, les annonces n’étaient pas forcément de l’argent frais mais souvent des sommes déjà budgétées.

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4 milliards pour un vaccin

Aux côtés de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen – qui a pris l’initiative de cette conférence lors du G20 du 26 mars – se sont succédé de nombreux intervenants parfois en délicatesse entre eux, à l’image du président turc Recep Tayyip Erdogan, du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et du ministre saoudien de la Santé, dont le pays préside le G20. Des dirigeants qui ont pris la parole dans une scénographie bien rodée rappelant un célèbre concours européen de la chanson.

Récemment pointée du doigt, la Chine était elle aussi présente virtuellement, tout comme le Canada, le Japon et l’Australie. Des artistes ont également pris part à l’évènement, Madonna offrant ainsi un million de dollars.

Sur les 7,4 milliards d’euros rassemblés, 4 milliards devront aller à la recherche pour un vaccin, 2 milliards aux traitements et 1,5 milliard aux capacités de diagnostic, selon les barèmes prévus par les organisateurs. Il s’agira de garantir l’accès abordable et universel de ces vaccins et traitements. Aucune nouvelle structure globale n’a été mise sur pied pour l’occasion: des partenariats internationaux seront créés pour se répartir les fonds.

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La Suisse s’est montrée plus généreuse que certains membres de l’Union européenne (UE), les Pays-Bas ne s’engageant, par exemple, «que» sur 92 millions d’euros. La France a promis 500 millions d’euros, l’Allemagne 525 millions et le Royaume-Uni, par la bouche de son premier ministre Boris Johnson, rescapé du Covid-19, 388 millions de livres. De leur côté, la Commission européenne et la Banque européenne d’investissement ont promis au moins 1 milliard d’euros.

Gare à la panique! 

La Chine, elle, n’a annoncé aucun nouvel engagement. Elle a utilisé l’exercice pour balayer une nouvelle fois les critiques dont elle fait l’objet depuis le début de la crise, entre accusation de manipulation dans un laboratoire de Wuhan et reproche de fausses informations sur la scène internationale. Son ambassadeur auprès de l’UE, Zhang Ming, a par ailleurs souligné que son pays avait récemment donné 20 millions de dollars à l’Organisation mondiale de la Santé.

«Nous avons fait de gros progrès dans la prévention et nous partageons nos diagnostics et traitements avec les autres sans aucune réserve», a assuré le Chinois, estimant que la «panique et les accusations sont plus dangereuses que le virus».

Si les premières heures de la pandémie avaient réveillé des réflexes nationaux, comme des blocages de masques d’un pays à l’autre, les dirigeants virtuellement réunis lundi entendaient se prémunir contre un autre piège: la course effrénée au vaccin et le chacun pour soi une fois le remède obtenu.

Dans ce contexte, l’absence des Etats-Unis n’est pas passée inaperçue. Donald Trump a déjà annoncé la suspension du financement américain à l’OMS et son intention d’obtenir avant les autres un vaccin contre le Covid-19 réservé à ses compatriotes.