Un grand défilé militaire au service de Xi Jinping

Chine Pékin célèbre la victoire sur le Japon il y a septante ans

Xi Jinping veut ainsi asseoir sa légitimité en pleines purges

Pour la première fois de son histoire, la République populaire de Chine célèbre ce jeudi la fin de la Deuxième Guerre mondiale en organisant un grand défilé militaire. La célébration du 70e anniversaire de la capitulation du Japon et de la victoire sur le fascisme est l’occasion d’une démonstration de puissance sans précédent au moment où l’économie chinoise donne des signes inquiétants d’essoufflement. Parmi les invités de marque, Pékin accueille Vladimir Poutine, les présidents égyptien, sud-africain ou sud-coréen, et Omar al-Bachir, le chef d’Etat soudanais toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.

Mais l’exercice est surtout l’occasion pour le président chinois, Xi Jinping, d’asseoir sa légitimité aux yeux de son peuple. «Un défilé militaire est un rituel politique solidement établi, explique à l’AFP Willy Lam, expert de la Chine à l’Université de Hongkong. Tant qu’un nouveau dirigeant suprême n’y a pas souscrit, il ne peut pas être l’homme fort indiscutable.»

Le chef du Parti communiste, de l’Etat et de l’armée a multiplié ces derniers jours les apparitions pour célébrer la mémoire des luttes passées. «Toute nation qui nourrit des espoirs se doit d’avoir des héros», a déclaré Xi Jinping, après avoir décoré des vétérans de la guerre de résistance au Japon comme on appelle en Chine la Deuxième Guerre mondiale qui fit 35 millions de morts et de blessés selon les derniers chiffres publiés par les autorités chinoises. Une cérémonie où les plus hauts dirigeants du parti et de l’armée étaient convoqués. Sur les images de la télévision chinoise on a ainsi pu voir Hu Jintao, le prédécesseur de Xi Jinping, les traits tirés, presque méconnaissable. Jiang Zemin, considéré comme le parrain de la politique chinoise, était par contre absent alors que des rumeurs circulent sur sa mise aux arrêts domiciliaires.

Ce grand défilé intervient en effet dans un contexte particulier: celui de vastes purges politiques et militaires. L’an dernier, deux anciens vice-présidents de la Commission militaire centrale, Xu Caihou et Guo Boxiong, ont été exclus de l’armée et du parti. Le premier est décédé en prison et le second attend son procès. Gu Junshan, autre dirigeant militaire de premier plan, vient d’être condamné à mort avec sursis. Tous étaient accusés de corruption à l’image d’une armée qui a sombré dans l’affairisme et dont la crédibilité est entamée.

Ce jour de la Victoire, décrété férié à partir de cette année, sera ainsi l’occasion de redonner quelque lustre à une fonction militaire déconsidérée et de remonter un moral au plus bas. Pas moins de 12 000 hommes et femmes des corps d’élites défileront en compagnie de 500 véhicules militaires et 200 avions. Plusieurs armes devraient être présentées au public pour la première fois, dont un missile «tueur» de porte-avions qui fait craindre aux Etats-Unis une remise en question de sa suprématie dans le Pacifique. Un millier de soldats de 17 autres pays se joindront à cette parade qui sera par ailleurs largement boycottée par les pays occidentaux.

Les Etats-Unis tout comme l’Union européenne (UE) ont en effet décliné l’invitation de Pékin, y voyant une forme d’instrumentalisation politique dans un contexte de tension entre la Chine et le Japon, tout comme ils avaient refusé de se rendre à Moscou le 9 mai dernier pour célébrer la victoire sur le nazisme sur fond de crise avec l’Ukraine. Seul dans l’UE le président tchèque a répondu positivement. Soucieuse de ne pas froisser la Chine quelques semaines avant le sommet sur le climat qui se tiendra à Paris, la France a dépêché son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Shinzo Abe, le premier ministre japonais, a de son côté fini par renoncer à un déplacement. Septante ans après, son pays, qui peine à se repentir, reste la cible d’une profonde rancœur alimentée par les séries télévisées chinoises.

L’organisation de ce défilé a ­nécessité la mobilisation de 850 000 Pékinois pour assurer la sécurité des rues de la capitale. Les usines sont fermées depuis la mi-août et la circulation est alternée pour assurer une bonne qualité de l’air. Le souci du détail est allé jusqu’à embrigader une troupe de macaques et des faucons pour éliminer les oiseaux du centre de la ville afin d’éviter tout imprévu lors du ballet aérien. La presse, de son côté, a reçu pour consigne de diffuser des commentaires «positifs et ensoleillés».

Des macaques et des faucons ont été embrigadés par l’armée pour éliminer les oiseaux de Pékin