Un haut responsable du génocide rwandais pourrait être transféré cette semaine au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) d'Arusha, en Tanzanie. Repéré puis arrêté mardi en Angola, où il avait rejoint la rébellion de l'Unita, le général Augustin Bizimungu, ancien chef d'état-major des forces armées rwandaises pendant le génocide de 1994, est accusé d'avoir planifié avec d'autres officiers le massacre de la population civile tutsie dans le cadre d'un complot visant à maintenir au pouvoir l'élite hutue. Les procureurs du TPIR le soupçonnent en outre d'avoir personnellement supervisé l'entraînement des milices extrémistes hutues «interahamwe» qui ont commis de nombreux massacres au Rwanda et au Congo, où ces bandes armées opposées au gouvernement de Kigali ont trouvé refuge et continuent de mener bataille.

En trois mois, d'avril à juillet, le génocide de 1994 avait fait 800 000 victimes, tutsies ou hutues modérées. Fondé en novembre de cette même année, le TPIR a condamné à ce jour huit personnes et en a acquitté une. Vingt et un procès sont en cours, et la prison de l'ONU à Arusha compte 52 détenus.

Premier à confirmer cette interpellation décisive, le gouvernement américain a publié un communiqué se réjouissant de l'arrestation de Bizimungu, rendue possible par la conclusion récente d'un cessez-le-feu entre l'Unita et le gouvernement de Luanda. «Nous exhortons tous les Etats de la région à suivre l'exemple de l'Angola et à appréhender toutes les personnes inculpées par le tribunal qui se trouvent sur leur sol», a précisé Philip Reeker, porte-parole du Département d'Etat. Le général Bizimungu figurait sur une liste de neuf suspects du TPIR pour l'arrestation desquels Washington a offert voici deux semaines jusqu'à cinq millions de dollars de récompense. Les autorités angolaises ont annoncé l'avoir identifié dans un camp de démobilisation au milieu d'anciens rebelles de l'Unita. Le Rwanda se réjouit de son arrestation: «C'est une avancée positive, et nous en sommes contents, a déclaré le chef de la diplomatie de Kigali André Bumaya. Mais il y en a encore d'autres cachés dans les pays voisins.»

Une fois transféré à Arusha le général Bizimungu devrait être poursuivi pour génocide, conspiration en vue de commettre un génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Cette arrestation intervient quelques jours après la signature d'un accord de paix fragile mais prometteur entre le Rwanda et le Congo, où bon nombre de cadres hutus responsables de crimes lors du génocide continueraient de se cacher pour échapper à la justice.