bulgarie

Un homme d’affaires franco-russe piégé à Sofia

Moscou demande l’extradition de Nikolaï Kobliakov, connu pour son engagement contre le régime russe. Ce dernier est persuadé d’être un «second Alexeï Navalny», l’opposant russe

Un homme d’affaires franco-russe piégé à Sofia

Bulgarie Moscou demande l’extradition de Nikolaï Kobliakov, arrêté à l’aéroport de la capitale

Nikolaï Kobliakov pense qu’il n’aurait jamais dû tester cette installation ultramoderne de l’aéroport de Sofia à son arrivée dans la capitale bulgare, le 29 juillet. Mais, comme souvent, le couloir du contrôle frontière automatisé était vide. Normalement, il suffit de présenter son passeport biométrique à la machine pour passer avant tout le monde. Sauf que, pour Nikolaï, le sas est resté fermé. Une sirène a retenti et c’est alors que ce Franco-Russe a appris qu’il était recherché par Interpol à la demande de Moscou. «J’aurais pu présenter ma carte d’identité à l’homme assoupi derrière le guichet et tout cela ne me serait peut-être jamais arrivé», dit-il.

Cet homme d’affaires franco-russe de 41 ans, cofondateur de l’association Russie-Libertés à Paris et militant actif contre régime de Vladimir Poutine, peut encore plaisanter. Après avoir passé deux nuits dans un centre de détention, il a été présenté, vendredi, devant un tribunal de Sofia. Il a été assigné à résidence pour quarante jours dans l’attente du jugement définitif. L’intervention de l’ambassade de France mais aussi une forte mobilisation locale et internationale sur son affaire semblent avoir contrarié le scénario imaginé par Moscou. Car Nikolaï Kobliakov est persuadé qu’il est victime d’un piège ourdi par le FSB, les redoutables services secrets russes héritiers du KGB. «Cela saute aux yeux que les services russes ont patiemment attendu que je me retrouve dans un pays dans lequel ils peuvent contourner la loi», estime-t-il. Pour preuve, il avance, entre autres, cette confidence faite par un des policiers bulgares à l’aéroport: sa demande d’extradition serait arrivée la veille!

«Notice rouge»

Son affaire pose de nombreuses questions, à commencer par l’utilisation très sélective par la Russie des canaux de coopération policière internationale, tels Interpol. Ainsi, la fameuse «notice rouge» ne semble pas avoir été envoyée en France, où il réside depuis 2010, ni dans d’autres pays européens qu’il est régulièrement conduit à visiter dans le cadre de ses activités professionnelles.

C’est, aussi, en sa qualité d’homme d’affaires que Nikolaï Kobliakov était venu en Bulgarie afin de discuter avec des entrepreneurs locaux de la possibilité de construire des résidences médicalisées pour personnes âgées – ce que sa compagnie, Senior, fait déjà avec succès dans les pays Baltes. Selon le quotidien russe Kommersant, ce sont ses activités à la tête d’une autre compagnie en Russie, Stanco France, qui sont à l’origine de ses ennuis avec le pouvoir. Selon la demande d’extradition, la justice lui reprocherait d’avoir détourné quelque 1,3 million d’euros. Stanco France est une filiale de la compagnie russe Stancoimport, laquelle a été rattachée en 2008 au consortium d’Etat Rostec, un géant militaro-industriel dirigé par Sergueï Tchemezov, un proche du président russe. Ensuite, l’entrepreneur décrit un harcèlement judiciaire similaire à celui dont a été victime l’opposant emblématique Alexeï Navalny visant à lui faire lâcher ses actifs dans la société, ce qu’il finit par faire en 2010.

A Paris, Nikolaï Kobliakov est aussi connu dans la communauté russe pour être le nouveau copropriétaire de la Librairie du Globe, une institution du temps de l’URSS, qu’il transforme en point de chute pour de nombreux auteurs et militants contre le régime actuel. Curieusement, il est financé un temps par Igor Kovaltchouk, un oligarque lui aussi proche du Kremlin qui tente, en vain, d’infléchir la politique de la maison. «Après la carotte, le bâton: nous sommes dans un scénario devenu classique avec la Russie de Vladimir Poutine», analyse Atanas Tchobanov, éditeur du site d’investigation Bivol.bg, qui a, le premier, tiré la sonnette d’alarme après l’arrestation de Nikolaï Kobliakov.

Signe que les temps n’ont pas tellement changé, pour que Nikolaï Kobliakov puisse attendre ailleurs qu’en prison la décision sur son extradition, c’est une figure historique de la dissidence bulgare, Alfred Foscolo, qui lui a offert gîte et couvert à Sofia. «Freddy», 72 ans, avait été condamné en 1969 à 27 ans de prison pour espionnage au profit de la France.

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