«Gagner? Bien sûr que je vais gagner, je n'en ai jamais douté une seconde.» Effectuant hier la tournée des deux cent soixante-neuf bureaux électoraux dans lesquels les militants de l'«Avoda» (le parti travailliste israélien) étaient appelés à désigner leur nouveau secrétaire général (donc, le leader de la gauche pour les élections législatives du 28 janvier prochain), le maire de Haïfa Amram Mitzna faisait preuve de beaucoup de confiance. Car toutes les enquêtes d'opinion publiées depuis le début de la semaine créditaient le nouvel espoir du camp israélien de la paix de 52 à 56% des voix contre 29% à peine à l'ex-ministre de la Défense Binyamin Ben Eliezer (le secrétaire général sortant). Et, dans l'ensemble, ces sondages ne se sont pas trompés.

Malgré l'enjeu crucial, les militants travaillistes ne se sont pas déplacés en masse. Or, selon les principaux analystes politiques israéliens tel le chroniqueur Hanan Krystal, la victoire de Mitzna ne pouvait être assurée que si de nombreux militants votaient. «Le maire de Haïfa représentant une ligne progressiste favorable à la reprise du dialogue avec les Palestiniens, il avait absolument besoin des voix des militants travaillistes des villes qui pensent comme lui et que l'on retrouve également dans un mouvement comme «La paix maintenant».» Si ceux-ci s'étaient abstenus, Ben Eliezer, qui a toujours bénéficié du soutien de l'appareil du parti et de son noyau dur de vieux militants des kibboutzim votant en bloc et appréciant sa participation de dix-huit mois au gouvernement d'union nationale d'Ariel Sharon, en aurait nettement profité.»

Hier, le taux de participation a dépassé la barre des 50%. Dès 21 heures, les premiers sondages effectués à la sortie des urnes (et alors que le vote n'était pas encore terminé) ont confirmé que Mitzna serait probablement le prochain secrétaire général de l'«Avoda». Un virage à cent quatre-vingt degrés pour ce parti qui prône maintenant la fin de l'occupation des territoires palestiniens et la reprise des négociations, après avoir participé à la majorité qui a soutenu Sharon pendant près de deux ans. «Je ne m'avancerai pas tant que les résultats n'ont pas été officiellement proclamés mais je confirme que la ligne du parti va changer», a déclaré le nouvel homme fort de la gauche israélienne. «Dans l'immédiat, je vais m'attacher à rassembler les différentes tendances de l'«Avoda» et proposer à Ben Eliezer de travailler avec moi. Ce ne sera pas superflu puisque nous devons préparer les élections législatives du 28 janvier prochain. D'ici à quelques semaines, je présenterai un programme précis et il sera différent des précédents.»