C’est un exploit qui devrait donner du baume au cœur aux Chinois: lundi 3 février, l’hôpital de Huoshenshan (littéralement «montagne du dieu du feu»), de 25 000 m2 et d’une capacité de 1000 lits, a accueilli ses premiers patients, à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie du nouveau coronavirus. Seulement dix jours après le début de sa construction! Grâce à plus de 7500 ouvriers, revenus de leurs vacances du Nouvel An chinois, parfois à des centaines de kilomètres, le bâtiment en préfabriqué a été terminé à temps, et livré à l’Armée populaire de libération (l’armée chinoise). L’hôpital traitera exclusivement des malades du coronavirus nécessitant une mise en quarantaine. Pour l’instant, il n’accepte que des patients transférés d’autres hôpitaux de la ville. Sa construction a passionné la Chine: une vidéo en live diffusée depuis le site de construction par la télévision nationale, la CCTV, a rassemblé jusqu’à 40 millions d’internautes.

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Un balai incessant de pelleteuses 

Pour parvenir à livrer un hôpital en état de marche en si peu de temps, la Chine a su utiliser au mieux l’une de ses forces: la mobilisation générale. En pleines vacances du Nouvel An, des milliers d’ouvriers ont été rappelés au travail, attirés par un salaire généreux: 1200 à 2000 yuans (165 à 275 francs) par jour, une somme qu’un ouvrier de la construction gagnerait habituellement en une ou deux semaines. Les premiers jours, ils ont souvent dû travailler pendant plus de douze heures, avant que les effectifs ne s’étoffent progressivement. La semaine dernière, les images aériennes diffusées par la CCTV montraient un balai incessant de pelleteuses s’activant sur le site.

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Les réunir en si peu de temps n’est pas un problème pour la Chine, où la construction et l’immobilier sont responsables de 20 à 30% de l’activité économique, selon les estimations. Le secteur est tellement important qu’on utilise souvent les ventes de pelleteuses comme indicateur économique: en 2019, 209 077 ont été vendues, soit 13,4% de plus que l’année précédente, d’après l’Association chinoise de la machinerie de construction.

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Pour la Chine, cette construction express est aussi une opération de communication visant à montrer que les autorités font le maximum, alors que le Comité permanent du bureau politique du Parti communiste, qui rassemble les sept plus hauts dirigeants chinois, a admis lundi soir des «manquements sérieux» dans la gestion de l’épidémie. A Wuhan, les hôpitaux sont encore submergés par l’afflux de patients. Un deuxième hôpital de campagne de 1500 lits doit être terminé d’ici à quelques jours, également à Wuhan, tandis qu’un autre va être construit au Henan, une province voisine du Hubei.

Ces hôpitaux sont construits sur le modèle de l’hôpital de Xiaotangshan, construit à Pékin en 2003 en sept jours, pour accueillir les patients du SRAS. La semaine dernière, la capitale chinoise a d’ailleurs annoncé que cet hôpital, abandonné depuis, allait être rénové pour faire face au nouveau virus. Ces quelques milliers de lits supplémentaires seront bienvenus, mais ils pourraient rapidement arriver à saturation, car le nombre de malades du coronavirus augmente encore plus vite: lundi, le nombre de cas confirmés a atteint 17 400, soit presque 3000 de plus que la veille…