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A 12-gauge pump gun with ammunition, pictured in the studio on January 11, 2011. (KEYSTONE/Dominic Favre)…
© Dominic Favre

Extrémisme

Un jeune Français d’ultra-droite projetait plusieurs attentats

L., 21 ans, a été mis en examen mardi pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il stockait des armes chez sa mère. Il voulait s’en prendre au porte-parole du gouvernement et à Jean-Luc Mélenchon

Il avait baptisé son projet «OAS», du nom de la sanglante organisation clandestine qui entendait lutter, par tous les moyens, contre l’indépendance algérienne dans les années 60. Et c’est une enquête fouillée du Monde qui vient de révéler l’affaire. L., 21 ans, issu de la classe moyenne, prévoyait de commettre plusieurs attentats en France, en visant notamment des lieux de culte musulmans et des personnalités politiques, dont Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, et Jean-Luc Mélenchon.

Il a été mis en examen début juillet pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle». Hier, dix personnes de son entourage ont également été interpellées: neuf garçons âgés de 17 à 25 ans, et sa mère, qui stockait les armes du garçon chez elle. L’artillerie de l’aspirant terroriste se composait déjà d’un fusil à pompe, de deux revolvers et d’un gilet pare-balles. Il envisageait aussi de fabriquer un lance-flammes.

Eloge du Norvégien Behring Breivik

Les services antiterroristes français l’ont repéré alors qu’il administrait une page Facebook à la gloire d’Anders Behring Breivik, militant d’extrême droite responsable de la mort de 77 militants travaillistes norvégiens, en 2011. Sur les réseaux sociaux, L. aimait poser en treillis, arme à la main, et utiliser le pseudonyme Klausbraun13, contraction de «Klaus Barbie» et d’«Eva Braun» accolée au numéro de son département. Il vivait à Vitrolles, fief historique du Front national, dans le sud de la France. A son domicile, les enquêteurs ont trouvé une affichette rédigée par ses soins: «Rebeus, blacks, dealers, migrants, racailles, djihadistes, si toi aussi tu rêves de tous les tuer, nous en avons fait le vœu, rejoins-nous!»

Ce mercredi matin, le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, a assuré sur la chaîne d’info LCI que le parti de Marine Le Pen n’avait «rien à voir» avec ces «groupuscules» de l’ultra-droite. Selon Le Monde, L. avait néanmoins été récemment abordé par un cadre frontiste, qui voulait lui confier une section locale du Front national jeunesse. Il avait refusé, mais activement tracté pour Marine Le Pen durant la campagne présidentielle, puis pour le candidat FN aux législatives de sa région, juste avant son arrestation pour projet terroriste.

Les attentats de 2015 ont été un catalyseur pour la mouvance ultra-droite, qui y voit la matérialisation de ses craintes

Anaïs Voy-Gillis, spécialiste de l’extrême droite européenne et membre fondatrice de l’Observatoire des extrêmes

Un an plus tôt, en mai 2016, le patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Patrick Calvar, prophétisait devant une commission parlementaire: «Vous aurez une confrontation entre l’ultra-droite et le monde musulman.» Ce mercredi, au micro de RTL, Elise Vincent, auteure de l’enquête du Monde, fait elle aussi un vertigineux parallèle entre le parcours du jeune radicalisé de l’ultra-droite et celui des djihadistes, évoquant les mêmes «fragilités sociales», un «sentiment victimaire important», une «quête religieuse» – L. s’était fait baptiser trois mois avant son arrestation – et «un phénomène de radicalisation sur Internet».

Une idéologie paranoïaque

Dès l’adolescence, L. a vécu une longue errance au sein de diverses cellules françaises: d’abord les Jeunesses nationalistes, puis le Mouvement populaire Nouvelle Aurore, un groupe marseillais «pétainiste» inspiré par les Grecs nationalistes d’Aube dorée, et enfin les royalistes de l’Action française. Avant son approche par le FN… Le terreau commun de toutes ces mouvances disparates et pas toujours d’accord sur l’ennemi commun? Une idéologie paranoïaque, fondée sur la haine de l’immigration et de «l’élite mondialisée».

L., lui, était obsédé par la «remigration». «Les attentats de 2015 ont été un catalyseur pour la mouvance ultra-droite, qui y voit la matérialisation de ses craintes», analyse Anaïs Voy-Gillis, spécialiste de l’extrême droite européenne et membre fondatrice de l’Observatoire des extrêmes. «Le mouvement Bloc identitaire fait ainsi des vidéos YouTube très abouties sur le «grand danger civilisationnel». Beaucoup de ces mouvances organisent également des stages survivalistes et d’autodéfense à base de techniques de combat krav maga, pour se préparer à une invasion prochaine…»

5000 personnes gravitant dans la mouvance ultra-droite

«On estime qu’il y a aujourd’hui en France 5000 personnes qui gravitent dans la mouvance ultra-droite, et des dizaines de groupuscules. Et il y a indéniablement un risque de passage à l’acte pour les profils les plus fragiles psychologiquement. D’autant que le FN est désormais en échec. Certains constatent que leur stratégie ne fonctionne pas et se disent qu’il faut revenir à des techniques plus brutales…»

Sur sa page d’accueil, le mouvement Les Identitaires affiche ainsi une photo de la promenade des Anglais couverte de fleurs commémoratives, là où s’est déroulé le sanglant attentat de Nice, en 2016, avec pour tout commentaire un glaçant: «A charge de revanche». Ce type d’appels à l’action a été entendu par L., qui raffolait des stages survivalistes…

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