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Le journaliste, en novembre 2017, à Kiev où il s’était exilé./AFP
© VITALIY NOSACH

Russie

Un journaliste russe, critique du Kremlin, abattu à Kiev

La police de Kiev a aussitôt déclaré privilégier la piste d’un crime lié à la profession de cet ancien soldat russe engagé dans les guerres de Tchétchénie devenu un reporter de guerre chevronné

Un journaliste et écrivain russe virulent critique du Kremlin, Arkadi Babtchenko, a été tué par balles mardi soir à Kiev où il s’était exilé, se disant menacé après avoir dénoncé le rôle de la Russie dans le conflit dans l’est de l’Ukraine.

«Arkadi Babtchenko a été tué de trois balles dans le dos dans la cage d’escalier de son immeuble quand il rentrait du magasin», a écrit sur Facebook un de ses collègues, le journaliste Osman Pachaïev. Arkadi Babtchenko a été retrouvé chez lui dans la périphérie de Kiev, confirme le porte-parole de la police nationale, Iaroslav Trakalo: «Sa femme était dans la salle de bains, elle a entendu un coup sec. Quand elle est sortie, elle a vu son mari ensanglanté», qui est par la suite «mort dans l’ambulance» le transportant.

«La première piste et la plus évidente est celle de ses activités professionnelles», a déclaré peu après le chef de la police de Kiev, Andriï Krychtchenko, à l’agence de presse Interfax-Ukraine.

Son meurtre, qui a provoqué un choc dans la profession en Russie et en Ukraine, est le deuxième en moins de deux ans d’un journaliste contestant la politique du gouvernement russe habitant dans la capitale ukrainienne. Le 20 juillet 2016, le Russo-Bélarusse Pavel Cheremet avait péri dans l’explosion de la bombe placée sous la voiture qu’il conduisait en plein centre de Kiev, une affaire qui n’est toujours pas élucidée.

Lire aussi: Un journaliste d’investigation assassiné au cœur de Kiev

Un journaliste menacé

Arkadi Babtchenko, 41 ans, a participé en Russie aux deux guerres en Tchétchénie en tant que soldat avant de devenir un journaliste extrêmement critique vis-à-vis du Kremlin. Il avait raconté les guerres dans cette république russe du Caucase dans un livre édité en France par Gallimard sous le nom de La couleur de la guerre. Avant son départ de Moscou, il a notamment coopéré avec le journal d’opposition russe Novaïa Gazeta et la radio russe Echo de Moscou.

Arkadi Babtchenko avait quitté la Russie en février 2017 en dénonçant une «campagne effroyable» de «harcèlement» à son égard après une publication sur les réseaux sociaux concernant le crash d’un avion militaire russe en route pour la Syrie à la fin de 2016.

Le journaliste, qui disait avoir alors reçu des «milliers» de menaces, a d’abord vécu en République tchèque et en Israël, avant de s’installer à Kiev. Cela faisait un an qu’Arlkadi Babtchenko animait une émission sur la chaîne de télévision ukrainienne privée ATR, a-t-il précisé.

La Russie mise en cause

Un conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur, le député Anton Guerachtchenko, a mis en cause la Russie, une piste aussitôt évoquée également par certains journalistes ukrainiens. «Le régime de Poutine vise ceux qu’il ne peut pas casser ou intimider», a lâché Anton Guerachtchenko sur sa page Facebook.

Même son de cloche chez Aïder Mouzhdabaïev, un autre journaliste russe installé en Ukraine et directeur général adjoint de la chaîne de télévision ATR, pour lequel son ami «a été tué sur l’ordre direct» de Moscou.

Le représentant de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias Harlem Désir s’est déclaré «indigné par cet acte horrible» dans un communiqué, appelant les autorités à une enquête rapide et minutieuse.

Lire aussi: Un ex-député russe réfugié en Ukraine abattu à Kiev

Pour sa part, Moscou a «exigé des autorités ukrainiennes d’employer tous les efforts en vue d’une enquête efficace». «Les crimes sanglants et l’impunité totale sont devenus une routine pour le régime de Kiev», a dénoncé le ministère russe des Affaires étrangères sur sa page Facebook. Le Comité d’enquête russe, un organisme dépendant directement du Kremlin et chargé des principales affaires, a annoncé l’ouverture d’une procédure criminelle.

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