Le 19 novembre, trois membres présumés d’Al-Qaida ont été tués par le tir d’un drone américain dans l’est du Yémen. Les habitants ont entendu une forte explosion et ont découvert la carcasse d’une voiture. Il s’agit de la dernière frappe américaine qui a été recensée dans ce pays de la péninsule Arabique.

Dans cette guerre secrète, les témoins sont rares. Le journaliste yéménite Abdulelah Shaye est l’un d’eux. Il devait venir à Genève recevoir le prix remis chaque année par l’ONG Alkarama. Mais il est interdit de sortir de la capitale Sanaa après avoir purgé une peine de 3 ans de prison. Ce sont donc son avocat et le président du syndicat des journalistes yéménites qui le représenteront lors d’une cérémonie ce vendredi*.

«En l’emprisonnant, le gouvernement voulait l’empêcher de couvrir les attaques de drones», estime Abderrahman Barman, son avocat. Tout commence le 19 décembre 2009. Le village d’Al-Majalah est bombardé. Le gouvernement yéménite assure qu’il a visé un camp d’entraînement d’Al-Qaida.

«Abdulelah Shaye a pu se rendre sur place et il a publié la photo des victimes: parmi elles, 14 femmes et 21 enfants. Cela a provoqué la colère des Yéménites», raconte Abderrahman Barman.

Soutien présumé à Al-Qaida

Autre surprise, des débris de missiles désignent les Etats-Unis. Il s’avérera que l’attaque a été menée depuis un navire de guerre dans le golfe d’Aden. En janvier 2010, un câble diplomatique révélé par ­WikiLeaks relate une conversation entre le général américain David Petraeus et le président yéménite Ali Abdullah Saleh. Ce dernier se plaint de l’utilisation des missiles de croisière, leur préférant les drones, plus précis. «Nous continuerons à dire que ce sont nos bombes, pas les vôtres», annonçait l’ancien président yéménite.

Le masque est aujourd’hui tombé. En partie grâce à Abdulelah Shaye. Le journaliste l’a payé au prix fort. En janvier 2011, il a été condamné à 5 ans de prison, accusé d’avoir apporté son soutien médiatique à Al-Qaida. «Grâce à ses contacts, Abdulelah Shaye avait publié plusieurs interviews de cadres du réseau. Les services de sécurité lui ont demandé de collaborer avec eux. Comme il a toujours refusé, ils se sont vengés», explique Marwan Dammaj, secrétaire général du syndicat yéménite des journalistes.

Bon prince, le président Saleh avait gracié le journaliste quelques semaines plus tard. Mais Barack Obama avait personnellement téléphoné à son homologue pour s’en inquiéter. Abdulelah Shaye n’a finalement été libéré que le 23 juillet dernier.

* 18h30, Centre œcuménique, à Genève.