A 70 kilomètres de Marbella, en plein cœur de l’Andalousie, s’étend sur 14 000 hectares un des joyaux de la nature espagnole. Le parc naturel de La Almoraima abrite une riche forêt de chênes-lièges centenaires, où vivent des cerfs et autres animaux sauvages. Un repaire pour tous les amoureux de la randonnée qui risque de devenir une propriété privée ou un espace pour des clients huppés. Cette réserve naturelle, qui est gérée par le Ministère de l’environnement, fait partie des quelque 15 000 biens mis en vente par l’Etat espagnol. Seuls quelques riches hommes d’affaires étrangers pourraient se procurer ce parc estimé à 84 millions d’euros.

Un maire en colère

L’objectif non dissimulé du ministre de l’Environnement, Miguel Arias Cañete, est d’en faire un parc hôtelier de luxe. «Nous avons élaboré un plan touristique donnant l’autorisation d’y construire un aérodrome, deux golfs et un hôtel cinq étoiles», a expliqué le mi­nistre. Actuellement, La Almoraima dispose d’un petit hôtel de 23 chambres dans un ancien couvent restauré du XVIIe. Au sein du parc, une entreprise de bouchons et autres objets en liège emploie 54 personnes. Le gouvernement a promis que le nombre de postes de travail augmenterait significativement si une entreprise étrangère prenait les rênes de la gestion du domaine.

«Faux», rétorque Juan Casanova, le maire de Castellar de la Frontera, un petit village niché au milieu des chênes. «Ce genre de tourisme n’apporte rien aux résidents et, au contraire, ne peut que détruire notre entourage», s’insurge ce maire communiste-écologique. Et de poursuivre: «Nous autres, nous croyons en la diversification des ressources et, ici, il faut dynamiser l’industrie agricole et forestière.» Même reproche au sein des socialistes, à la tête du gouvernement régional d’Andalousie. Outre le fait qu’ils réclament depuis des années la gestion du parc naturel, ils fustigent ce démembrement des réserves naturelles espagnoles. «On ne peut pas continuer avec ce modèle de la construction à tout-va. Le véritable atout de notre région, ce sont ses espaces naturels, et il faut les protéger», affirme Hugo Moran, responsable de l’environnement à l’administration régionale.

De leur côté, les écologistes ont menacé de s’enchaîner aux arbres centenaires en cas de vente. Une publicité dont l’Etat se serait bien passé pour liquider une partie de son patrimoine.