Les Editions Favre de Lausanne publient ces jours un livre sur la guerre en Irak qui a de quoi susciter le malaise. Un double malaise, même. Sobrement intitulé «Peace», il consiste en un recueil de photos du récent conflit, dont certaines d'une violence insoutenable comme celles montrant des corps d'enfants affreusement mutilés. Fil rouge de ces clichés rapportés par les photographes de différentes agences de presse: la violence plus ou moins explicite faite aux Irakiens par les forces armées américaines, que cette violence soit verbale, physique, ou qu'elle ait la forme de membres déchiquetés ou de parents anéantis devant la dépouille d'enfants qu'on devine victimes de bombes «made in USA».

L'éditeur ne s'en cache pas, qui parle d'un ouvrage «militant» fait pour «dénoncer l'enfer vécu par les populations civiles irakiennes». C'est là que réside la deuxième source de malaise. La préface est le fait du Père Jean-Marie Benjamin, activiste de longue date de la cause irakienne et notamment de la levée de l'embargo onusien qui a frappé le pays pendant plus de dix ans. Or celui-ci, emporté par sa fougue militante, orchestre une dénonciation des Etats-Unis qui passe sous silence certaines vérités dérangeantes pour sa cause. On aimerait par exemple avoir son avis sur les années de répression que cette même population irakienne a subies de la part du régime, et sur les nombreuses fosses communes que la chute de Saddam Hussein a permis de révéler.

Bref, si l'ouvrage dénonce frontalement une violence que leurs auteurs américains sont certainement les derniers à vouloir mettre en lumière, son manichéisme n'échappe pas lui-même au soupçon de vouloir prendre en otage les émotions du lecteur – quel lecteur, d'ailleurs? Car il repose sur un slogan – «Peace» – dont on peut se demander s'il vaut compréhension du monde, voire programme politique.

Peace, Père Jean-Marie Benjamin, Favre, 2003.