Justice

Un livre évoque de présumés abus sexuels au Vatican

Dans «Péché originel», le journaliste italien Gianluigi Nuzzi évoque les tentatives infructueuses d’un jeune lanceur d’alerte pour dénoncer des abus sexuels dont aurait été victime un camarade mineur

Gianluigi Nuzzi poursuit son enquête sur les arcanes du Vatican, documents confidentiels à l’appui. Le journaliste, qui a été acquitté par la justice du Vatican en 2016 dans le procès dit VatiLeaks 2 après d’abondantes «fuites» de documents qu’il avait publiés, s’est fait une spécialité du passé sulfureux de la banque du Vatican et des résistances internes aux réformes impulsées par Benoît XVI et François.

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Il jette dans son quatrième ouvrage, Péché originel, un nouveau pavé dans la mare sur une persistante loi du silence dans l’Eglise: dans un palais du Vatican, un séminariste majeur aurait abusé sexuellement d’au moins un lycéen âgé de 17 ou 18 ans en 2011-2012, sous les yeux d’un témoin.

«Obligé de céder à ses exigences»

Ce témoin polonais, Kamil Tadeusz Jarzembowksi, réside alors dans une institution installée dans la Cité du Vatican et qui héberge des enfants et adolescents du monde entier envisageant de devenir prêtres. Les pensionnaires fréquentent une école privée dans le centre de Rome et participent comme enfants de chœur aux messes célébrées dans la basilique Saint-Pierre.

Kamil y a vécu de l’âge de 13 ans à 18 ans, jusqu’en 2014, mais il dit avoir été renvoyé avant la fin de sa scolarité après avoir tiré la sonnette d’alarme auprès d’autorités ecclésiales et vaticanes.

Selon lui, un ancien élève autorisé à rester dans le palais venait très souvent le soir – jusqu’à 140 fois – pour avoir des relations sexuelles avec son camarade de chambre, alors âgé de 17 à 18 ans, qui «se sentait obligé de céder à ses exigences». Fort de la confiance de l’évêque recteur des lieux, le jeune homme exerçait «une forme de pouvoir et d’intimidation» sur les plus jeunes, en leur imposant «brimades ou actes sexuels», affirme encore Kamil dans le livre de Gianluigi Nuzzi.

Un long courrier au pape François

«Je ne reproche pas à ces prêtres d’être homosexuels», déclare ce Polonais qui étudie aujourd’hui l’histoire de l’art et se dit lui-même gay. «Tout cela est une vaste hypocrisie: dans la journée, ces gens sont homophobes, la nuit ils se déchaînent dans des discothèques gays.»

Dans une conversation par messagerie publiée en annexe du livre, la victime remercie Kamil «d’avoir parlé» à sa place, en disant qu’il n’a pas la force de le faire lui-même. L’ouvrage publie aussi le long courrier que l’étudiant polonais a envoyé au pape François pour exposer la situation.

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«Deux autres témoignages» ont confirmé les accusations de Kamil, a assuré Gianluigi Nuzzi jeudi devant la presse, en soulignant que le séminariste mis en cause avait été récemment ordonné prêtre. Interrogé par l’AFP, le service de presse du Vatican n’a pas encore précisé si une enquête avait été ouverte.

Le livre s’intéresse également à la disparition en 1983, toujours non élucidée, d’une jeune femme, Emmanuela Orlandi, citoyenne de l’Etat du Vatican et fille d’un employé du petit Etat.

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