Il n’a pas pu s’empêcher de faire le pitre. Face à une salle d’adeptes du cyclisme qui ne lui était pas favorables, Boris Johnson s’est finalement lancé dans ce qu’il fait le mieux: une longue diatribe sans queue ni tête, mais drôle. «Je ne suis peut-être pas conforme au stéréotype du cycliste», affirme celui qui a un physique d’ours pataud. «Je n’ai pas des jambes de lévrier bronzées, ou des dreadlocks. Je ne fonce pas en lycra. Je ne brûle pas les feux rouges… Vous non plus d’ailleurs… Mais reconnaissez que j’ai le vélo dans mon cœur.» En quelques phrases, Boris Johnson avait mis les rieurs de son côté. «C’est un idiot adorable», lâchait presque attendrie après le débat Imelda O’Brien, une infirmière qui ne partage pourtant pas ses idées politiques.

Le «bouffon»

Boris Johnson est ainsi. Quatre ans après avoir été élu maire de Londres – une victoire surprise alors qu’il était accusé d’être un simple «bouffon» par ses opposants –, il n’a pas aseptisé son discours. Sa crinière blonde demeure toujours aussi en désordre, et ses discours relèvent plus du one-man-show que de la déclaration de technocrate. Mais cela semble plutôt lui réussir. Pour l’élection qui se déroule ce jeudi, le conservateur est favori à sa propre succession, même si son avance s’est réduite ces dernières semaines face à Ken Livingstone, le candidat travailliste et ancien maire entre 2000 et 2008.

Cette popularité intervient pourtant dans un contexte difficile pour les conservateurs, qui ont une dizaine de points de retard sur les travaillistes dans les sondages. «Boris est nettement plus populaire que son parti et, s’il gagne, ce sera malgré eux, explique Tony Travers, un politologue de la London School of Economics. Inversement, Ken est nettement moins populaire que son parti et, s’il gagne, ce sera grâce à eux.» Résultat, les conservateurs devraient essuyer une défaite lors des élections dans 180 municipalités jeudi en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse, mais ils pourraient sauver l’honneur en conservant Londres.

Curieuse sympathie que celle dont bénéficie Boris Johnson. Son bilan depuis quatre ans? «Il n’a pas fait grand-chose», assène Tony Travers. Sa principale réalisation est un système de vélos à louer, sur le modèle parisien du Vélib’. Surnommés les «Boris bikes» par les Londoniens, leur succès populaire est incontestable. Son autre décision symbolique a été la suppression de la partie ouest du péage urbain, qui n’existe plus qu’au centre-ville.

Vague anti-conservatrice

Pour le reste, «Boris», comme tout le monde le surnomme, semble être curieusement imperméable aux critiques. Pourtant, il défend la finance, affirme que le scandale Murdoch n’est qu’un simple nonsense, débarque aux meetings en oubliant ses discours… «Il semble y avoir une étonnante volonté de la part du grand public de pardonner Boris», explique Tony Travers.

La question est maintenant de savoir si l’actuel maire de la capitale britannique réussira à dépasser la vague anti-conservatrice actuelle. Si c’est le cas, cela permettra au premier ministre David Cameron d’affirmer qu’il a évité le pire. Sinon, l’homme pourrait bien être un dangereux prétendant pour prendre la tête des tories. Dans tous les cas, il faudra compter avec lui dans les années à venir.