Les mauvaises nouvelles continuent pour Tony Blair. Charles Clarke, son ministre de l'Intérieur, est au bord de la démission. L'un des derniers blairistes du gouvernement a été obligé de reconnaître que, depuis 1999, plus d'un millier de criminels étrangers ont été relâchés à la fin de leur détention sans que leur expulsion hors du Royaume-Uni ne soit examinée. Parmi ceux-là, trois avaient été condamnés pour meurtre, neuf pour viol et cinq pour pédophilie. Pourtant, la loi préconise le renvoi des étrangers qui ont été condamnés à plus d'un an de prison.

L'opposition appelle le ministre de l'Intérieur à démissionner. David Cameron, le leader des conservateurs, a enfoncé le clou mercredi à la Chambre des communes, consacrant l'ensemble de ses six questions au premier ministre sur le sujet. Il souligne notamment que 288 de 1026 prisonniers en question ont été libérés lors des douze derniers mois, alors que l'affaire avait déjà été apportée à l'attention du Ministère de l'intérieur par un député conservateur.

Charles Clarke refuse pour l'instant de démissionner. Avant le soutien - au moins officiellement - de Tony Blair, il affirme qu'il «prend la responsabilité de cet échec», mais qu'il reste «pour améliorer la situation».

Municipales dans sept jours

La plupart des analystes politiques estiment cependant que son sort est scellé. «Il n'a pas d'autre choix que de démissionner», estime Patrick Dunleavy, politologue à la London School of Economics. Selon lui, ce scandale arrive au pire moment, dans la mesure où des élections municipales sont prévues jeudi prochain. Cela devrait forcer Tony Blair à agir le plus tôt possible pour se séparer de Charles Clarke.

De plus, comme un problème n'arrive jamais seul, la presse tabloïd a découvert que le vice-premier ministre, John Prescott, avait une relation avec une de ses secrétaires, de vingt-cinq ans sa cadette. Cela s'ajoute à une série de mauvaises nouvelles. La première a eu lieu en novembre avec la démission de David Blunkett, le ministre du Travail; puis en février, la ministre de la Culture, Tessa Jowell, a évité de peu le même sort quand on a appris que son mari avait reçu un «cadeau» de 600000 dollars du président du Conseil italien Silvio Berlusconi; enfin, plus récemment, une polémique a éclaté autour des personnalités nommées pour devenir membre de la Chambre des lords après avoir offert d'importantes sommes au Parti travailliste. Lentement, l'autorité de Tony Blair se délite. Mais pour l'instant, le premier ministre s'accroche. «Je ne pense pas qu'il envisage de partir avant l'été 2007», estime Patrick Dunleavy.