Terrorisme

Un ministre évoque plus de cent «Molenbeek» en France

Le ministre de la Ville Patrick Kanner a brossé une liste des localités où les islamistes radicaux recrutent dans l’Hexagone

Ce n’est pas encore une liste noire, mais cela y ressemble: en pleine polémique sur les failles de l’Etat belge face au réseau terroriste constitué à Molenbeek, le ministre français de la Ville Patrick Kanner a estimé dimanche qu’une centaine de localités et quartiers de l’Hexagone présentent «des similitudes potentielles» avec la commune bruxelloise considérée comme l’un des épicentres du djihadisme européen.

Sur cette carte de l’islamo-gangstérisme? Des lieux de recrutement islamistes connus comme Lunel (Hérault), des communes de banlieue parisiennes comme Clichy-sous-Bois (où les émeutes de 2005 avaient démarré), Saint-Denis (où a eu lieu l’assaut du 18 novembre lors duquel Abdelhamid Abaaoud, le chef présumé du commando responsable des attentats de Paris le 13 novembre, fut tué), Argenteuil (théâtre d’une vaste opération policière dans la foulée des attentats de Bruxelles), mais aussi Vénissieux, près de Lyon, et plusieurs zones de l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing, à la frontière belge.

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Une liste établie par un adversaire de Martine Aubry

Le fait que cette liste soit dressée par Patrick Kanner la rend d’autant plus intéressante. Ancien président socialiste de la région Nord-Pas-de-Calais et adjoint à la maire de Lille Martine Aubry, ce dernier est devenu, à gauche, l’opposant en chef à cette dernière. On le dit assez proche du nouveau président de droite de la région Xavier Bertrand (élu en décembre 2015) et de Gérald Darmanin, le jeune maire des Républicains à Tourcoing habitué à dénoncer «les quartiers où les islamistes sont comme des poissons dans l’eau». Né de parents franco-algériens, ce dernier s’était alarmé, après son élection en mars 2014, de la puissance des réseaux mafieux et salafistes dans les quartiers de la Bourgogne et du Pont-Rompu.

Le fait de mettre des villes et des quartiers devant leurs responsabilités est nouveau en France. Les élus ont souvent ignoré la contagion de l’islam radical, comme cela a été fait en Belgique par l’ex-maire PS de Molenbeek, Philippe Moureaux. Un changement important est l’état d’urgence qui, depuis le 13 novembre, a permis près de 4000 perquisitions administratives. Depuis le début 2016, 75 individus ont été interpellés dans l’Hexagone pour liens avec des activités terroristes, donnant lieu à 38 mises en examen et 25 incarcérations. «Le couvercle saute peu à peu. La réalité apparaît et nous devons la regarder en face», reconnaît-on au Ministère de l’intérieur, où l’on suit de près la recrudescence des pétitions de citoyens dénonçant l’influence des salafistes. C’est le cas à Sevran (Seine-Saint-Denis) où des parents de jeunes djihadistes partis en Syrie mènent campagne contre le maire écologiste Stéphane Gatignon, accusé d’avoir laissé faire des associations musulmanes pro-djihad.

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